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CHAPITRÉ V.—ART. XL.
°uvres, quel succès pourrait-on s’en pro-mettre , si une pareille Armada avait unenavigation plus longue à faire pour attein-te son but? Quel moyen de faire marchert*ne pareille multitude de petits bâtiments,seulement pendant deux jours et deux nuits ?Et à quelles chances ne s’exposerait-on pasen s’engageant dans une telle navigation enhaute mer, avec de légères péniches? Outrecela, l’artillerie, les munitions de guerre,l’équipement, les vivres, l’eau douce qu’ilfaut embarquer avec cette multitude d’hom-mes, exigent des préparatifs et un attirail
immenses.
L’expérience a démontré les difficultésd’une expédition lointaine, même pour descorps qui n’excèdent pas !B0,000 hommes.Dès lors, il est évident qu’une descente nepeut s’effectuer avec telle force que dansquatre hypothèses :
1° Contre des colonies ou possessionsisolées ;
’l" Contre des puissances du second rangqui ne sauraient être immédiatement sou-tenues ;
S° Pour opérer une diversion momenta-née, ou enlever un poste dont l’occupation,pour un temps donné, aurait une haute im-portance ;
•4° Pour une diversion à la fois politiqueet militaire contre un État déjcà engagé dansune grande guerre, et dont les troupes se-
raient employées loin de là.
Ces sortes d’opérations sont difficilessoumettre à des règles ; donner le changel’ennemi sur le point de débarquemenchoisir un mouillage où il puisse se faisimultanément ; y mettre toute l’activipossible, et s’emparer promptement d’ipoint d’appui pour protéger le développment successif des troupes -, mettre aussità terre de. l’artillerie pour donner assrance et protection aux troupes débarquéevoilà à peu près tout ce que l’on peut recoimander à l’assaillant.
La grande difficulté d’une telle opératù
vient de ce que les vaisseaux de transport,ne pouvant jamais approcher de la plage, ilfaut mettre les troupes sur le peu de cha-loupes qui suivent la flotte, en sorte (pie ladescente est longue et successive; ce quidonne à l’ennemi de grands avantages,pour peu qu’il soit en mesure. Si la mer esttant soit peu houleuse, le sort des troupesde débarquement sera fort hasardé , cal-que peut de l’infanterie entassée dans deschaloupes, battue par les vagues, ordinai-rement éprouvée par le mal de mer, et àpeu près hors d’état de se servir de sesarmes !
Quant au défenseur, on ne peut que luiconseiller de ne pas trop diviser ses troupespour tout couvrir. Il est impossible de gar-nir toutes les places d’un pays de batteriesde côtes, et de bataillons pour les défen-dre ; mais il faut du moins couvrir les ap-proches des points où l’on aurait de grandsétablissements à protéger. Il faut avoir dessignaux pour connaître promptement lepoint de débarquement, et de réunir, s’ilest possible, tous ses moyens, avant quel’ennemi ait pris pied solidement avec tousles siens.
La configuration des côtes influera autantsur la descente que sur la défense : il estdes contrées dont les côtes sont escarpées etoffrent peu de points accessibles à la foisaux vaisseaux et aux troupes qu’il s’agit demettre à terre ; alors ces points connus étantpeu nombreux, sont plus faciles à surveil-ler, et l’entreprise en devient plus difficile.
Enfin, les descentes offrent une combi-naison stratégique qu’il est utile de signa-ler. C’est que le principe qui interdit à unearmée continentale de porter ses princi-pales forces entre la mer et l’armée enne-mie, exige, au contraire, que l’armée, quiopère une descente, conserve toujours saforce principale en communication avec lerivage, qui est à la fois sa ligne de retraiteet sa base d’approvisionnements. Par lamême raison, son premier soin doit être de