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CHAPITRE V. — ART. XL.
offre-t-elle l’exemple de plus grands débar-quements que les temps modernes (1).
Qui ne se rappelle les grands armementsdes Perses dans la mer Noire , le Bosphore et l’Archipel ; ces innombrables armées deXerxès et de Darius, transportées en Thrace ,en Grèce ; les expéditions nombreuses desCarthaginois et des Romains en Espagne eten Sicile ; l’expédition d’Alexandre dansl’Asie mineure ; celles de César en Angle-terre et en Afrique ; celle de Germanicus aux bouches de l’Elbe ; les croisades ; lesexpéditions des peuples du nord en Angle-terre, en France et jusqu’en Italie ?
Depuis l’invention du canon, la trop célè-bre Armada de Philippe II fut la seule en-treprise colossale , jusqu’à celle que Napo léon forma contre l’Angleterre, en 1803.Toutes les autres expéditions d’outre-merfurent des opérations partielles : celles deCharles-Quint et de Sébastien de'Portugal sur la côte d’Afrique ; plusieurs descentes,comme celles des Français aux États-unisd’Amérique, en Égypte et à Saint-Domingue ,celles des Anglais en Égypte , en Hollande .à Copenhague , à Anvers , «à Philadelphie ,rentrent toufes dans Ja même catégorie. Jene parle pas du projet de Iloche contre l’Ir lande , car il ne réussit pas, et signale toutela difficulté de ces sortes d’entreprises.
Les armées nombreuses que les grandsEtats entretiennent aujourd’hui, ne permet-tent pas de les attaquer par des descentesde 30 à -40,000 hommes : on ne peut doncformer de pareilles entreprises que contredes États secondaires, car il est bien diffi-cile d’embarquer 100 à 130,000 hommesavec l’attirail immense d’artillerie, de mu-nitions, de cavalerie, etc.
Cependant, on a été sur le point de voirrésoudre , de nos jours, cet immense pro-blème des grandes descentes, s’il est vrai quejamais Napoléon ait eu réellement le projet
(1) J’ai donné, dans la précédente édition, unelongue notice des principales expéditions d’outre-
sérieux de transporter ses 160,000 vété-rans, de Boulogne au sein des îles Britanni ques : malheureusement la non-exécutionde ce projet colossal a laissé un voile impé-nétrable sur cette grave question.
Il n’était pas impossible de réunir 30vaisseaux de ligne français dans la Manche,en donnant le change aux Anglais ; celteréunion fut à la veille de s’effectuer : dèslors il n’était donc pas impossible, si le ventfavorisait l’entreprise, de faire passer laflottille en deux jours et d’opérer le débar-quement. Mais que serait devenue l’armée,si un coup de vent dispersait la flotte îlehaut-bord, et si les Anglais , revenus en for-ces dans la Manche, la battaient ou la con-traignaient à regagner ses ports ?
La postérité regrettera, pour l’exempledes siècles à venir , que cette immense en-treprise n’ait pas été menée à sa fin, ou dumoins tentée. Sans doute, bien des braves yeussent trouvé le trépas ; mais ces bravesn ont-ils pas été moissonnés moins utilementdans les plaines de laSouabe, de la Moravie ,de la Castille, dans les montagnes du Portu gal ou dans les forêts de la Lithuanie ? Quelmortel ne serait glorieux de contribuer aujugement du plus grand procès, qui ait ja-mais été débattu entre deux grandes na-tions? Du moins nos neveux trouveront-ils ,dans les préparatifs qui furent faits pourcette descente, une des plus importantes le-çons que ce siècle mémorable ait fournies à1''étude des militaires et des hommes d’État.Les travaux de toute espèce, faits sur lescotes de lfrance de 1803 à 1803, seront undes monuments les plus extraordinaires del'activité, de la prévoyance et de l’habiletéde Napoléon ; on ne peut trop les recom-mander à l’étude des jeunes militaires. Mais,en admettant même la possibilité de réussirdans une grande descente, entreprise surune côte aussi voisine que Boulogne l’est de
mer; si l’espace le permet, je la reproduirai à la finde ce volume.