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2 (1840) L' histoire de la guerre de sept ans en Allemagne : pendant les annés 1756 et suivantes / par de Jomini ; traduit de Lloyd
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CHAPITRE VI.ART. XLII.

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Il y a quatre moyens pour parvenir à ju-ger les opérations dune armée ennemie : lePremier est celui dun espionnage bien or-ganisé et largement payé (1) ; le second estcelui des reconnaissances faites par d ha-biles officiers et des corps légers ; le troi-sième consiste dans les renseignementsquon pourrait obtenir des prisonniers deguerre ; le quatrième est celui détablirsoi-même les hypothèses qui peuvent êtreles plus vraisemblables daprès deux basesdifférentes : jexpliquerai cette idée plusbas. Enfin, il est un cinquième moyen, celuides signaux ; quoiquil sapplique plutôt aindiquer la présence de lennemi quà jugerde ses projets, il peut être rangé dans lacategorie dont nous nous occupons.

Pour tout ce qui se passe dans lintérieurde l armée ennemie, lespionnage semble leplus sûr, car une reconnaissance, quelquebien faite quelle soit, ne peut donner au-cune idée de ce qui se passe au delà de la-vant-garde. Cela ne veut pas dire quil nenfaille pas faire , car il faut tenter tous lesmoyens de se bien instruire ; mais cela veutdire quil ne faut pas compter sur leur ré-sultat. Il en est de même des rapports desprisonniers de guerre, ils sont souvent uti-les, et le plus souvent il serait fort dange-reux dy ajouter foi. En tout cas, un état-major habile ne manquera pas de choisirquelques officiers instruits qui, chargés dece service spécial, sauront diriger leurs

questions de manière à démeler parmi esréponses ce quil peut être important desavoir.

Les partisans quon lance en coureurs aumilieu des lignes dopérations de lennemi,pourraient, sans doute, apprendre quelquechose de ses mouvements, mais il est pres-que impossible de communiquer avec euxet den recevoir des avis. Lespionnage, silest conçu sur une base bien large, réussir!

plus généralement : toutefois, il est difficilequun espion pénètre jusquau cabinet dugénéral ennemi et puisse en arracher le se-cret de ses entreprises ; il se bornera doncle plus souvent à indiquer les mouvementsdont il est le témoin, ou ceux quil appren-dra par des bruits publics ; et lorsquon re-cevra lavis de ces mouvements, on nesaura encore rien de ceux qui survien-draient dans lintervalle, ni du but ulté-rieur que lennemi se propose : on saurabien, par exemple, que tel corps a passépar Jéna, se dirigeant sur Weimar ; tel autrea passé par Géra, se dirigeant vers Naum-bourg, mais iront-ils? que veulent-ilsentreprendre ? Cest ce qui sera bien diffi-cile à apprendre de lespion même le plushabile.

Lorsque les armées campaient sous latente, presque entièrement réunies, alorsles nouvelles de lennemi étaient plus cer-taines, car on pouvait pousser des partisjusquen vue de leur camp, et les espionspouvaient rendre compte de tous les mou-vements de ces camps. Mais avec lorganisa-tion actuelle en corps darmée qui canton-nent ou bivouaquent, la chose est devenueplus compliquée, plus embarrassante, et, enrésultat, presque nulle.

Lespionnage peut rendre néanmoins debons services lorsque larmée de ladver-saire est conduite par un grand capitaineou un grand souverain, marchant toujoursavec la majeure partie de ses forces et ré-serves. Tels étaient, par exemple, lempe-reur Alexandre et Napoléon : lorsquonpouvait savoir ils avaient passé et quelledirection ils prenaient, on pouvait, sanssarrêter au détail des autres mouvements,juger à peu près le projet quils avaienten vue.

Un général habile peut suppléer à lin-suffisance de tous ces moyens par des hypo-

(1) Recommander lespionnage paraîtra une œu-vre impie aux songes-creux philanthropes; mais je

les prie de ne pas oublier quil sagit dépier lesmouvements d'une armée et non de délation.

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