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CHAPITRE VI. — ART. XLII.
pereur comme s’il eût dû lui-même tout or-donner et tout prévoir.
En voilà assez pour faire apprécier toutel’influence qu’une bonne logistique peutavoir sur les opérations militaires.
Pour compléter ce que je m’étais proposéde dire en rédigeant cet article, j’aurais àparler aussi des reconnaissances. Elles sontde deux espèces : les premières sont pure-ment topographiques et statistiques ; ellesont pour but d’acquérir des notions sur lepays, ses accidents de terrain, ses routes,défilés, ponts, etc. ; de connaître ses res-sources et ses moyens de toute espèce. Au-jourd’hui la géographie, la topographie etla statistique ont fait tant de progrès, queces reconnaissances sont moins nécessairesqu’autrefois ; cependant, elles seront tou-jours d’une grande utilité tant que l’Europe ne sera pas cadastrée ; or, il est probablequ’elle ne le sera jamais. 11 existe beaucoupde bonnes instructions sur ces sortes dereconnaissances auxquelles je dois ren-voyer mes lecteurs.
Les autres sont celles que l’on ordonnepour s’assurer des mouvements de l’ennemi.Elles se font par des détachements plus oumoins forts ; si l’ennemi est formé en pré-sence, ce sont les généraux ou chefs d’état-major qui doivent aller en personne lereconnaître ; s’il est en marche, on peutpousser des divisions entières de cavalerie,pour percer le rideau de postes dont il estentouré.
Ces opérations sont assez bien enseignéespar une foule d’ouvrages élémentaires, no-tamment celui du colonel Lallemand, et lerèglement du service de campagne : d’ail-leurs, nous croyons devoir réserver pourl’article suivant tout ce que nous avons àdire sur les divers moyens de pénétrer ceque fait l’ennemi.
ABTICIE XLII.
Des reconnaissances et autres moyens de bienconnaître les mouvements de l’ennemi.
Un des moyens les plus importants pourbien combiner d’habiles manœuvres deguerre, serait, sans contredit, de ne jamaisles ordonner que sur une connaissanceexacte de ce que ferait l’ennemi. En effet,comment savoir ce que l’on doit faire soi-même, si l’on ignore ce que fait l’adver-saire. Mais autant cette connaissance seraitdécisive, autant il est difficile, pour ne pasdire impossible, de l’acquérir ; et c’est pré-cisément là une des causes qui rendent lathéorie de la guerre si différente de lapratique.
C’est de là que viennent tous les mécomp-tes des généraux, qui ne sont que des hom-mes instruits sans avoir le génie naturel dela guerre, ou sans y suppléer par le coupd’œil exercé que peuvent donner une longueexpérience et une grande habitude de di-riger des opérations militaires. Il est tou-jours aisé, en sortant des bancs d’une aca-démie, de faire un projet pour déborderune aile, pour menacer les communicationsde l’armée, lorsqu’on agit pour les deuxpartis en même temps et qu’on les disposeà son gré, soit sur une carte géographique,soit sur un plan de terrain simulé ; maisquand on a affaire à un adversaire habile,actif, entreprenant, et dont tous les mouve-ments sont une énigme, alors l’embarrascommence, et c’est ici que se montre toutela médiocrité d’un général ordinaire, dénuéde toute étude des principes.
J’ai acquis tant de preuves de cette véritédans ma longue carrière, que si j’avais àéprouver un général, j’estimerais bien pluscelui qui ferait des suppositions justes v surles mouvements de l’ennemi, que celui quiétalerait des théories si difficiles à bienfaire, mais si faciles à apprendre quand onles trouve toutes faites.