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CHAPITRE VII. - ART. XLIV.
conserver celle sur trois rangs pour les li-gnes déployées , une armée *ne pouvantguère avoir deux modes de formation, oudu moins les employer alternativement dansun jour de combat. Dès lors quelle seraitl’armée européenne (si l’on excepte les An glais ) que l’on pût se hasarder à déployeren lignes sur deux rangs. Il faudrait dansce cas ne jamais se mouvoir qu’en colonned’attaque.
J’en conclus que le système employé parles Russes et les Prussiens, celui de formerla colonne de quatre divisions sur troisrangs, dont un peut au besoin être employéen tirailleurs, est celui qui s’applique leplus généralement à toutes les situations ;tandis que l’autre dont nous avons parlé neconviendrait que dans certains cas, et exi-gerait un double mode de formation.
Indépendamment des deux ordres sus-mentionnés, il en existe un mixte, que Na poléon employa au Tagliamento et lesRusses à Eylau : leurs régiments de troisbataillons en déployèrent un en premièreligne, et formèrent les deux autres derrièrecelui-ci en colonnes sur les pelotons des ex-trémités (figure 2, planche A). Cette or-donnance , qui appartient aussi à l’ordredemi-profond, convient en effet à la défen-sive-offensive, parce que les troupes dé-ployées en première ligne résistent long-temps par un feu meurtrier dont l’effetébranle toujours un peu l’ennemi : alors lestroupes formées en colonnes peuvent de-boucher par les intervalles et se jeter surlui avec succès. Peut-etre pourrait-on aug-menter l’avantage de cette formation, enplaçant les deux bataillons des ailes sur lamême ligne que celui du centre qui seraitdéployé, de manière que les premières di-visions de ces bataillons seraient en ligne.II y aurait ainsi un demi-bataillon de pluspar chaque régiment dans la première li-gne, ce qui, pour le feu , ne serait pas in-différent ; mais il serait à craindre que cesdivisions se mettant à tirailler , les deux
bataillons gardés en colonnes pour les lan-cer sur l’ennemi, fussent moins facilementdisponibles. Toutefois, il y a bien des cas oùun ordre pareil serait avantageux, cela suffitpour devoir l’indiquer.
L’ordre en masses frop profondes estcertainement le moins convenable (fig. 3).On a vu dans les dernières guerres des di-visions de 12 bataillons déployés et serrésles uns derrière les autres, formant 36 rangspressés et entassés. De pareilles masses sontexposées aux ravages de l’artillerie, dimi-nuent la mobilité et l’impulsion sans rienajouter à la force ; ce fut une des causes dupeu de succès des Français à Waterloo ; sila colonne de Macdonald réussit mieux àWagram, il lui en coûta cher, et sans laréussite des attaques de Davoust et d’Oudi-not sur la gauche de l’archiduc, il n’est pasprobable que cette colonne fût sortie vic-torieuse de la position où elle se vit unmoment placée.
Quand on se décidé à risquer une pareillemasse, il faut du moins avoir soin d’établirsur chaque flanc un bataillon marchant parfiles, afin que si l’ennemi venait à chargeren forces sur ses flancs, cela n’obligeât pasla colonne à s’arrêter ( Voyez figure 3) : pro-tégée par ces bataillons qui feront face àl’ennemi, elle pourra du moins continuer samarche jusqu’au but qui lui est assigné ;autrement cette masse inerte, foudroyéedes feux convergents auxquels elle n’a pasmême à opposer une impulsion convena-ble, sera mise en désordre comme la co-lonne de Fontenoy, ou rompue comme laphalange macédonienne le fut par PaulEmile.
Les carrés sont bons dans les plaines oucontre un ennemi supérieur en cavalerie ;on les formait jadis très-grands, mais il estreconnu que le carré par régiment est lemeilleur pour la défensive, et le carré parbataillon pour l’offensive. On peut, selonles circonstances, les former en carrés par-faits ou en carrés longs, pour obtenir un