CHAPITRE VII. — ART. XLIV.
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Dans l’ordonnance actuelle sur troisrangs, le bataillon ayant quatre divi-sions (1), cette colonne présenterait douzerangs en profondeur, ce qui donne, sansdoute, trop de non-combattants et trop deprise au canon. Pour diminuer ces inconvé-nients, on a proposé, toutes les fois qu 'onvoudrait employer l’infanterie en colonnesd’attaque, de la former sur deux rangs, dene placer que trois divisions de chaque ba-taillon l’un derrière l’autre, et de répandrela quatrième en tirailleurs dans les inter-valles des bataillons et sur les flancs, saufà les rallier derrière les trois divisions si lacavalerie ennemie venait à charger ( Voyezfigure 6). Chaque bataillon aurait, par cemoyen, 200 tireurs de plus, outre ceux quedonnerait l’augmentation du tiers du fronten mettant le troisième rang dans les deuxpremiers. Ainsi il n’y aurait au fait que sixhommes de profondeur, et on obtiendrait100 files de front et 400 tireurs pour chaquecolonne d’attaque d’un bataillon. Il y auraitainsi force et mobilité réunies (2). Un ba-taillon de 800 hommes, formé d’après laméthode usitée, en colonne de quatre divi-sions , présente environ 60 files à chaquedivision, et la première seulement faisantle feu de deux rangs, il n’y aurait que 120coups à fournir par chacun des bataillonsainsi placés en ligne, tandis que, d’après lemode proposé, il en donnerait 400.
Mais tout en recherchant les moyensd’obtenir plus de feu au besoin, il importede se rappeler aussi que la colonne d’atta-
(1) Le mot de division, employé pour exprimerquatre ou cinq régiments, comme pour désignerdeux pelotons d’un même bataillon, forme uneconfusion dans le langage tactique qu’il importe-rait de faire cesser. C’est à l’ordonnance seule quece droit est réservé.
(2) Dans l’armée russe on prend les tirailleursdans le troisième rang de chaque compagnie oudivision , ce qui réduit la colonne à huit rangs aulieu de douze, et procure plus de mobilité. Maispour la facilité de rallier les tirailleurs à la colonne,
que n’est point destinée à tirer, et qu’elledoit réserver ce moyen pour un cas déses-péré ; car, si elle commence à faire feu enmarchant à l’ennemi, son impulsion devien-dra nulle et l’attaque sera manquée. Outrecela, cet ordre aminci ne serait avantageuxque contre l’infanterie, car la colonne surquatre sections de trois rangs, formant uneespèce de carré plein, vaudrait mieux con-tre la cavalerie. L’archiduc Charles setrouva bien à Essling, et surtout à Wagram,d’avoir adopté ce dernier ordre, que je pro-posai dans mon chapitre des principes gé-néraux de la guerre, publié en 1807 ; labrave cavalerie de Bessières ne put riencontre ces petites masses (%).
Pour donner plus de solidité à la colonneproposée, on pourrait, à la vérité, rappelerles tirailleurs et reformer la quatrième sec-tion ; mais on ne serait toujours que surdeux rangs , ce qui présenterait beaucoupmoins de résistance contre une charge,principalement sur les flancs. Si, pour atté-nuer cet inconvénient, on voulait former lecarré, bien des militaires croient que surdeux rangs, il offrirait moins de consistanceencore que la colonne. Cependant les carrésanglais n’étaient que sur deux rangs à Wa terloo , et malgré les héroïques efforts de lacavalerie française, il n’y eut qu’un seulbataillon d’enfoncé.
J’ai exposé toutes les pièces du procès ;il me reste à observer que, si l’on voulaitadopter la formation sur deux rangs pourla colonne d’attaque, il serait difficile de
peut-être vaudrait-il autant y employer la quatrièmedivision entière, on aurait alors neuf rangs ou troisdivisions à trois rangs, contre l’infanterie et la co-lonne pleine de douze rangs contre la cavalerie.
(3) M. de Wagner semble mettre en doute quej’aie contribué à faire adopter cette formation :S. A. R- l’archiduc Charles me l’a cependant assuréelle-même en 1814; car, en Autriche , ainsi quedans l’ordonnance française, la colonne n’étaitusitée que pour les attaques de postes, et non pourles lignes de bataille.