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CHAPITRE VII. — ART. XLIV.
de pelotons, dans le but de couronner uneposition bien défendue, c’est vouloir y ar-river en désordre comme un troupeau demoutons, ou plutôt c’est vouloir n’y arriverjamais.
Que doit-on conclure de tout ce que nousvenons de dire? 1° Que si l’ordre profondest dangereux, l’ordre demi-profond est ex-cellent pour l'offensive ; 2° Que la colonned’attaque par bataillons est le meilleur or-dre pour emporter une position, mais qu’ilfaut diminuer autant que possible sa pro-fondeur , pour lui donner plus de feux aubesoin, et pour diminuer l’action du feuennemi : il convient, en outre, de la couvrirpar beaucoup de tirailleurs et de la soutenirpar la cavalerie ; Que Tordre déployé enpremière ligne, avec la seconde ligne encolonne, est celui qui convient le mieux àla défensive ; 4° Que l’un et l’autre peuventtriompher selon le talent qu’aura un généralpour employer à propos ses forces disponi-bles , ainsi que nous l’avons dit en traitantde l’initiative, à l’article 16 et à l’article §50.
A la vérité, depuis que ce chapitre a étéécrit, les nombreuses inventions qui ont eulieu dans l’art de détruire les hommes pour-raient militer en faveur de Tordre déployé,même pour aller à l’attaque. Toutefois, il se-rait difficile de devancer les leçons qu’il fautattendre de l’expérience seule ; car, malgrétout ce que les batteries de fusées, les obu-siers de Schrapnel ou de Bourman, et mêmeles fusils de Perkins, peuvent offrir de me-naçant , j’avoue que j’aurai de la peine aconcevoir un meilleur système pour con-duire de l’infanterie à l’assaut d’une posi-tion, que celui de la colonne de bataillons.Peut-être même faudra-t-il songer à rendreà l’infanterie les casques et cuirasses qu’elleportait au xv e siècle, avant de la jeter surl’ennemi en lignes déployées. Mais si Tonrevenait décidément à ce système déployé,il faudrait du moins , pour marcher à 1 at-taque, trouver un moyen plus favorable quecelui de longues lignes contiguè's, et adop-
ter, soit les colonnes à distances pour dé-ployer en arrivant sur la position ennemie ,soit les lignes rompues en échiquier, soitenfin la marche en bataille par le flanc despelotons, opérations toutes plus ou moinsscabreuses en face d’un adversaire qui sau-rait en profiter. Cependant, connue nousl’avons dit, un général habile peut, selonles circonstances et les localités , combinerl’emploi des deux systèmes.
Si l’expérience m’a prouvé depuis long-temps, que l’un des problèmes les plus dif-ficiles de la tactique de guerre était le meil-leur mode de former les troupes pour allerau combat , j’ai reconnu aussi que vouloirrésoudre ce grand problème d’une manièreabsolue et par un système exclusif, est choseimpossible.
D’abord la nature des contrées diffèreessentiellement : il y en a où Ton peut ma-nœuvrer avec 200,000 hommes déployés,comme en Champagne : il y en a d’autres,comme l’Italie , la Suisse , la vallée du Rhin ,la moitié de la Hongrie , où Ton peut àpeine déployer une division de dix batail-lons. Le degré d’instruction des troupes àtoutes sortes de manœuvres, leur armementet leur caractère national, peuvent aussiavoir de l’influence sur les formations.
Grâce à la grande discipline de l’infan-terie russe et à son instruction pour les ma-nœuvres de toute espèce , il est possibleque Ton parvienne à la mouvoir en grandeslignes, avec assez d’ordre et d’ensemblepour lui faire adopter un système qui serait,je crois, impraticable avec des Français oudes Prussiens d’aujourd’hui. Mon expé-rience dans ce genre m’a appris à croiretout possible, et je ne suis pas du nombredes orthodoxes qui n’admettent qu’un mêmetype et un même système pour toutes lesarmées comme pour tous les pays.
Pour approcher le plus possible de lasolution du problème, il me semble doncque Ton doit rechercher :
a) Le meilleur mode de se mouvoir en