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CHAPITRE VII. — ART. XLV.
Si l’expérience a prouvé que des chargesirrégulières peuvent amener la défaite dela meilleure cavalerie dans les combats par-tiels, il faut bien reconnaître aussi l’impos-sibilité de compter sur des charges à la dé-bandade dans les batailles rangées d’oùdépend souvent le sort de toute une guerre.Une telle charge pourrait sans doute aiderune attaque en ligne, mais seule elle ne pro-duirait rien d’important. On doit donc con-sidérer ces charges irrégulières comme unpuissant auxiliaire dans les rencontres jour-nalières de la cavalerie, et comme un ac-cessoire utile dans les chocs décisifs.
De tout ce qui précède, on doit conclure,à mon avis, que, pour les batailles, une ca-valerie régulière munie d’armes de lon-gueur, et pour la petite guerre une cavalerieirrégulière, armée d’excellents pistolets, delances et de sabres , sera toujours la meil-leure organisation pour cette branche im-portante d’une armée bien constituée.
Au demeurant, quelque système que l’onadopte, il n’en paraît pas moins incontes-table qu’une nombreuse cavalerie, quellequ’en soit la nature, doit avoir une grandeinfluence sur les résultats d’une guerre ;elle peut porter au loin la terreur chez l’en-nemi, elle enlève ses convois, bloque, pourainsi dire, l’armée dans ses positions, rendses communications difficiles , si ce n’estmême impossibles , trouble toute harmoniedans ses entreprises et dans ses mouvements.En un mot, elle procure presque les mêmesavantages qu’une levée en masse des popu-lations, en portant le trouble sur les flancset les derrières d’une armée ennemie, et enréduisant son général à l’impossibilité derien calculer avec certitude.
Toute organisation qui tendrait donc àdoubler les cadres de la cavalerie en cas deguerre, en y incorporant des milices, seraitun bon système , car ces milices , aidées dequelques bons escadrons, pourront au boutde quelques mois de campagne faire debons partisans. Sans doute ces milices n’au-
ront pas toutes les qualités que possèdentles populations guerrières et nomades quipassent pour ainsi dire leur vie à cheval, etdont le premier des instincts est celui de lapetite guerre, mais elles y suppléeraient enpartie. Sous ce rapport, la Russie a un grandavantage sur tous ses voisins , tant par laquantité et la qualité de ses chevaux du Don,que par la nature des milices irrégulièresqu’elle peut lever au moindre signal.
Voici ce que j’écrivais il y a vingt ans dansle chap. XXXV du Traité des grandes opéra-tions militaires, sur ce même sujet :
« Les avantages immenses que les Cosa-» ques ont donnés aux armées russes sont» incalculables. Ces troupes légères, insigni-» fiantes dans le choc d’une grande bataille» (si ce n’est pour tomber sur les flancs),
» sont terribles dans la poursuite et la guerre» de postes : c’est l’ennemi le plus redouta-» ble pour toutes les combinaisons d’un» général, parce qu’il n’est jamais sûr de* l’arrivée et de l’exécution de ses ordres,» que ses convois sont toujours compromis,» et ses opérations incertaines. Tant qu’une» armée n’en avait que quelques régiments» à demi-réguliers, on n’en connaissait pas» toute l’utilité ; mais lorsque le nombre en» a été porté à 15 ou 20,000, on a senti» toute leur importance, surtout dans les» pays où la population ne leur est pas» hostile.
» Pour un convoi qu’ils enlèvent, il faut» les faire escorter tous , et il importe que» l’escorte soit nombreuse et bien conduite;» jamais on n’est certain de faire une mar-» che tranquille, parce qu’on ne sait pas où” sont les ennemis. Ces corvées exigent des» forces considérables, et la cavalerie régu-» lière est bientôt mise hors de service par» des fatigues auxquelles elle ne peut ré-» sister.
» Au reste, je crois que des hussards ou» lanciers volontaires , levés ou organisés» au moment de la guerre, bien conduits,» et courant là où des chefs hardis les con-