Buch 
2 (1840) L' histoire de la guerre de sept ans en Allemagne : pendant les annés 1756 et suivantes / par de Jomini ; traduit de Lloyd
Entstehung
Seite
220
JPEG-Download
 

220

CHAPITRE VII. ART. XLV.

Si lexpérience a prouvé que des chargesirrégulières peuvent amener la défaite dela meilleure cavalerie dans les combats par-tiels, il faut bien reconnaître aussi limpos-sibilité de compter sur des charges à la dé-bandade dans les batailles rangées ddépend souvent le sort de toute une guerre.Une telle charge pourrait sans doute aiderune attaque en ligne, mais seule elle ne pro-duirait rien dimportant. On doit donc con-sidérer ces charges irrégulières comme unpuissant auxiliaire dans les rencontres jour-nalières de la cavalerie, et comme un ac-cessoire utile dans les chocs décisifs.

De tout ce qui précède, on doit conclure,à mon avis, que, pour les batailles, une ca-valerie régulière munie darmes de lon-gueur, et pour la petite guerre une cavalerieirrégulière, armée dexcellents pistolets, delances et de sabres , sera toujours la meil-leure organisation pour cette branche im-portante dune armée bien constituée.

Au demeurant, quelque système que lonadopte, il nen paraît pas moins incontes-table quune nombreuse cavalerie, quellequen soit la nature, doit avoir une grandeinfluence sur les résultats dune guerre ;elle peut porter au loin la terreur chez len-nemi, elle enlève ses convois, bloque, pourainsi dire, larmée dans ses positions, rendses communications difficiles , si ce nestmême impossibles , trouble toute harmoniedans ses entreprises et dans ses mouvements.En un mot, elle procure presque les mêmesavantages quune levée en masse des popu-lations, en portant le trouble sur les flancset les derrières dune armée ennemie, et enréduisant son général à limpossibilité derien calculer avec certitude.

Toute organisation qui tendrait donc àdoubler les cadres de la cavalerie en cas deguerre, en y incorporant des milices, seraitun bon système , car ces milices , aidées dequelques bons escadrons, pourront au boutde quelques mois de campagne faire debons partisans. Sans doute ces milices nau-

ront pas toutes les qualités que possèdentles populations guerrières et nomades quipassent pour ainsi dire leur vie à cheval, etdont le premier des instincts est celui de lapetite guerre, mais elles y suppléeraient enpartie. Sous ce rapport, la Russie a un grandavantage sur tous ses voisins , tant par laquantité et la qualité de ses chevaux du Don,que par la nature des milices irrégulièresquelle peut lever au moindre signal.

Voici ce que jécrivais il y a vingt ans dansle chap. XXXV du Traité des grandes opéra-tions militaires, sur ce même sujet :

« Les avantages immenses que les Cosa-» ques ont donnés aux armées russes sont» incalculables. Ces troupes légères, insigni-» fiantes dans le choc dune grande bataille» (si ce nest pour tomber sur les flancs),

» sont terribles dans la poursuite et la guerre» de postes : cest lennemi le plus redouta-» ble pour toutes les combinaisons dun» général, parce quil nest jamais sûr de* larrivée et de lexécution de ses ordres,» que ses convois sont toujours compromis,» et ses opérations incertaines. Tant quune» armée nen avait que quelques régiments» à demi-réguliers, on nen connaissait pas» toute lutilité ; mais lorsque le nombre en» a été porté à 15 ou 20,000, on a senti» toute leur importance, surtout dans les» pays la population ne leur est pas» hostile.

» Pour un convoi quils enlèvent, il faut» les faire escorter tous , et il importe que» lescorte soit nombreuse et bien conduite;» jamais on nest certain de faire une mar-» che tranquille, parce quon ne sait pas sont les ennemis. Ces corvées exigent des» forces considérables, et la cavalerie régu-» lière est bientôt mise hors de service par» des fatigues auxquelles elle ne peut-» sister.

» Au reste, je crois que des hussards ou» lanciers volontaires , levés ou organisés» au moment de la guerre, bien conduits,» et courant des chefs hardis les con-