CHAPITRE VII.—ART. XLVII.
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ARTICLE XLVII.
De l emploi combiné des trois armes.
Pour terminer entièrement ce précis, ilrestait a parler de l’emploi combiné des troisarmes : mais combien de variations minu-tieuses ce sujet ne présenterait-il pas, sil’on avait la prétention de pénétrer danstous les détails qu’exige l’application desmaximes générales indiquées pour chacunede ces armes en particulier?
Plusieurs ouvrages, et les allemands sur-tout, ont sondé cet abîme sans fond, et ilsn’ont obtenu de résultats passables, qu’enmultipliant à l’infini les exemples pris dansles petits combats partiels des dernièresguerres. Ces exemples suppléent, en effet,aux maximes , lorsque l’expérience démon-tre qu’il serait impossible d’en donner defixes. Dire que le commandant d’un corpscomposé des trois armes, doit les employerde manière à ce qu’elles s’appuient et sesecondent mutuellement, semblerait uneniaiserie, et c’est néanmoins le seul dogmefondamental qu’il soit possible d’établir ;car vouloir prescrire à ce chef la manièredont il devra s’y prendre dans toutes les cir-constances , ce serait s’engager dans un la-byrinthe inextricable : or, comme le but etles bornes de cet aperçu ne me permettentpas d’aborder de pareilles questions, je nepuis mieux faire que de renvoyer les offi-ciers aux ouvrages spéciaux qui les onttraitées avec le plus de succès.
Placer les différentes armes selon le ter-rain, selon le but qu’on se propose, et celuique l’on peut supposer à l’ennemi ; combi-ner leur action simultanée d’après les qua-lités propres à chacune d’elles, en ayantsoin de les faire soutenir réciproquement ;
(1) Voyez Histoire critique des guerres de Fré-déric, celle des Guerres de la révolution, et lafie de Napoléon que j’ai publiées.
voilà tout ce que l’art peut conseiller • c’estdans l’étude des guerres, et surtout dans lapratique, qu’un officier supérieur pourraacquérir ces notions, ainsi que le coup d’ceilqui inspire leur application opportune. Jecrois avoir rempli la tâche que je m’étaisimposée, et je vais passer successivement àla narration des guerres mémorables, oùmes lecteurs trouveront à chaque pas l’oc-casion de s’assurer que l’histoire militaire,accompagnée de saine critique , est bien lavéritable école de la guerre (1).
CONCLUSION»
Nous nous sommes efforcé de retracer lespoints principaux qui nous ont paru suscep-tibles d’être présentés comme maximes fon-damentales delà guerre.Toutefois, la guerredans son ensemble n’est point une science,mais un art. Si la stratégie surtout peutêtre soumise à des maximes dogmatiquesqui approchent des axiomes des sciencespositives, il n’en est pas de même de l’en-semble des opérations d’une guerre, et lescombats entre autres échapperont souventà toutes les combinaisons scientifiques, pournous offrir des actes essentiellement drama-tiques, dans lesquels les qualités person-nelles, les inspirations morales et mille au-tres causes, joueront parfois le premier rôle.Les passions qui agiteront les masses appe-lées à se heurter, les qualités guerrières deces masses, le caractère, l’énergie et les ta-lents de leurs chefs ; l’esprit plus ou moinsmartial, non-seulement des nations, maisencore des époques (2) : en un mot, tout ceque l’on peut nommer la poésie et la méta-physique de la guerre, influera éternelle-ment sur ses résultats.
tel jour, peut s’appliquer aux nations comme auxindividus : on ne saurait comparer les Français deRosbach à ceux de Jéna, ni les Prussiens de Prenz-low à ceux de Dennevvitz.