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CHAPITRE VII. — ART. XLYI.
le centre; je l’ai souvent recommandée,mais surtout lorsqu’elle se combinerait avecune attaque sur une extrémité de la ligne(selon figure 12 de la panche 2, pages 1-13et 1-56), ou lorsqu’elle se ferait contre uneligne un peu trop étendue.
Quoi qu’il en soit, il me paraît que l’au-teur a un peu perdu de vue, que le moraldes troupes, le caractère et le génie deschefs ont aussi une grande influence surl’issue des batailles. Ce sont des batteriesmoins meurtrières mais non moins effica-ces. Il ne faut pas oublier non plus quetous les champs de batailles et toutes lescontrées n’offrent pas un égal avantage aucanon, en Italie , en Suisse , en Vendée , dansbeaucoup de parties de l’Allemagne , danstous les pays très-coupés, en un mot, on netrouve pas des champs de bataille commeWagram et Leipzig.
Au demeurant, il y a d’utiles leçons danssa brochure, à laquelle on ne saurait faired’autre reproche que de l’avoir peut-êtreentraîné d’un extrême dans l’autre. L’auteura, sans doute, voulu imiter ces avocats, qui,après un beau plaidoyer, tirent des con-clusions exagérées, certains que les jugesen rabattent toujours la moitié : les hommessages sauront prendre ce qui s’y trouve devrai et d'utile, et lui en tiendront compte.
Le premier résultat de cet opuscule devraêtre d’éveiller l’attention des hommes quiont mission d’influer sur les destinées del’armée, c’est-à-dire, des gouvernements etdes généraux. Le second sera peut-être defaire doubler le matériel et le personnel del’artillerie, et adopter tous les perfection-nements capables d’en augmenter le meur-trier effet ! Et, comme les artilleurs serontau nombre des premières victimes, il fau-dra bien en venir à dresser, dans l’infante-rie, des hommes choisis pour servir les piè-ces au besoin, et remplir même les lacunes
que les combats laisseraient dans les cadresde l’artillerie. Enfin, il faudra s’efforcer detrouver les moyens de neutraliser les effetsde cette boucherie, et les premiers quitombent sous les sens, semblent être desmodifications dans l’armement et l’équipe-ment des troupes, puis l’adoption d’unenouvelle tactique qui rende les dénoû-ments aussi prompts que possible. Cette tâ-che sera celle de la génération qui s’élève,quand on aura éprouvé, par l’expérience,toutes les inventions dont on s’occupe dansles polygones d’exercice en attendant mieux.Heureux ceux qui, dans les premières ren-contres, auront beaucoup d’obusiers à laSchrapnel , beaucoup de canons chargés parla culasse et tirant trente coups par mi-nute , beaucoup de pièces ricochetant àhauteur d’homme et ne manquant jamaisleur but sur l’une ou l’autre partie de l’échi-quier du combat, enfin, le plus de fuséesperfectionnées ; sans compter même les fa-meux fusils à vapeur de Perlcins, reléguésdans la défense des remparts, mais qui, s’ilen faut croire le procès-verbal de lord Wel-lington, pourront encore faire ici d’assezcruels ravages... Quel beau thème pourprêcher la paix universelle et le règne ex-clusif des chemins de fer ! !
On me pardonnera si je termine une dis-cussion aussi gravé par une phrase qui tou-! che à la plaisanterie. Mais il faut bien lais-ser entrevoir un côté moins sombre,, àl’avenir dont nous menacent tant de bravesmilitaires qui, par une cruelle prévoyance,combinent les moyens de rendre la guerreencore plus sanglante qu’elle ne l’est, et celadans l’espoir d’assurer le triomphe de leur• drapeau. Emulation terrible mais, qui seraindispensable, si l’on veut rester au niveaude ses voisins, tant que le droit des gensn’aura pas mis des bornes à ces inventions !