LIVRE I. 183
Napoléon fît annoncer aux paysans qu’il leurapportait la liberté ( 10 ) ; il entendait sansdoute celle qu’on prétendait avoir donnée auxhabitans du duché de Varsovie depuis quecette province avait été enlevée à la Prusse ;mais ces malheureux, qui n’avaient jamais vuque commander en maître, et ne savaient qu’o-béir en esclaves, ne distinguaient pas la libertéde la licence. Dans plusieurs endroits ils pil-lèrent leurs seigneurs; dans d’autres, ils refu-sèrent de leur obéir , et les mirent ainsi dansl’impossibilité de satisfaire aux réquisitions desFrançais . Napoléon, vivement intéressé à mé-nager la noblesse et à maintenir l’ordre , fitprêter main-forte aux seigneurs , et cessa deparler de liberté aux paysans ; l’espoir qu’il avaitdonné d’abord à ces derniers n’en indisposa pasmoins la noblesse qui se vit un moment expo-sée à tous les dangers d’un mouvement popu-laire: mais ce qui changea bientôt l’esprit detoutes les classes à son égard, ce fut la dévastationdu pays; les paysans surtout, cruellement mal-traités , trompés dans l’espoir qu’ils avaientconçu, lui devinrent entièrement contraires.
Lorsque Alexandre apprit que Napoléon fran-chissait le Niémen , il assistait à un bal qu’il don-nait dans son château de Zacrett (il), à unedemi-lieue de Wilna ; le bal fut aussitôt inter-