LIVRE I. 187
combrement à tous les ponts, occasionait desretards qui ajoutaient beaucoup aux fatigues desmarches. On allait souvent chercher fort loin levert dont on nourrissait les chevaux ; cette cor-vée était surtout pénible pour les soldats du traind’artillerie et des équipages , qui ont deux che-vaux à soigner, et qui emploient ordinairementplus de tems que les cavaliers à parcourir lamême distance. Il est d’ailleurs remarquablequ’en Russie le voisinage des routes n’est pastoujours, comme dans les autres pays de l’Eu-rope , plus peuplé et mieux cultivé que l’in-térieur des terres; c’est souvent tout le contraire.
Le nombre des combattons et la rapidité desmarches s’opposaient à ce qu’on fît des distri-butions ; les convois de vivres qui suivaient l’ar-mée étaient en arrière de plusieurs journées, etd’ailleurs ils auraient été insuffisans. Les régi-mens pouvaient à peine faire suivre leurs trou-peaux et leurs voitures particulières ; aussi fai-sait-on porter au soldat pour plusieurs jours devivres. Lorsqu’un régiment était sur le pointd’en manquer, il envoyait un détachement à lamaraude ; ce détachement, obligé de s’enfon-cer dans les terres pour trouver des villagesneufs, éprouvait de grandes fatigues, et neparvenait souvent à rejoindre qu’au bout dequelques jours. Cette manière pénible et in-