LIVRE III. 34 1
à l’ennemi, le soldat, confiant dans son cou-rage, résolu à vaincre ou à périr, avait conservéune attitude martiale ; un avenir aussi cruel,auquel il devait si peu s’attendre, lui causa d’a-bord un abattement qui se manifesta par unmorne silence; mais il se résigna bientôt.
J’ai raconté les opérations militaires depuisle départ de Moskou avec plus de détail que nesemble le comporter le plan que je me suistracé, parce qu’elles ont un grand intérêt sousle rapport de l’art, et parce que c’est à leurmauvais succès qu’est due la chute d’un pouvoirqui menaçait l’Europe d’une entière servitude.
Des trois projets qu’avait d’abord formésNapoléon pour revenir en Lithuanie , celui dese retirer dans la direction de Witepsk étaitle seul qui offrît une réussite assurée ; ce futaussi celui qu’il adopta d’abord, et il n’y re-nonça sans doute que parce que son orgueil futalarmé d’une retraite qui aurait ressemblé àune fuite. D’autre part, il ne pouvait aller at-taquer Koutousof dans son camp retranché deTarutino sans courir à une perte certaine ; ilse décida donc à exécuter l’opération que nousvenons de décrire, espérant qu’il atteindraitKaluga avant le général russe, et qu’il pour-rait se retirer de cette ville sur Smolensk , par