LIVRE III. 38 1
possédait au plus haut degré cette insensibilitésans laquelle on ne saurait être conquérant.
Le 7 , il passa le Dniépcr, et établit son quar-tier-général dans un petit château situé dansles terres , à une lieue de Slobpnewa : toutel’armée continuait à suivre la grande route deSmolensk dans l’ordre que j’ai indiqué, à l’ex-ception d’Eugène , qui quitta cette route àDorogobuj , pour se rendre à Smolensk parDukhowszina; ce même jour, Baraguay-d’Hil-liers se replia de Ielnia sur Smolensk .
Cependant la rapide désorganisation de l’armée semblait n'être que le prélude de son en-tière destruction. La neige avait, continué àtomber le 5 en petite quantité; le 6 , chasséepar un vent du nord, elle tomba abondamment,et recouvritbientôtla terre d’une couche épaissequi ne présentait plus, à l’œil attristé, qu’uneimmense plaine d’un blanc éclatant. La route,foulée par les chevaux et par les voitures, de-vint alors aussi dure et aussi glissante que duverglas. A cette latitude, cet état de choses sub-siste à peu près cinq mois : les Russes sont tou-jours préparés à ce changement; leurs chevauxsont d’avance ferrés à glace ; ils mettent surtraîneaux leurs voitures de transport, ainsi quele canon des parcs ; et les Kosaques ont alors