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B R E.

De tous les profits qu’on tire dans une maison de campagne de la nour-riture des Bestiaux, on avouera qu’il n’y en a point de plus grand quecelui que nous donnent les Bétes a laine s il est vrai quelles demandentde nous de grands soins ; elles savant bien auflî nous en dédommagerpar les revenus qu’ellcs nous rendent tous les ans : & l’on peut dire quec’est de cette nourriture que depend la richeíìè d'un Pcre de Famille, c'estce qui doit l’obliger à veiller a ce qu'elles soient soigneusement gou-vernées j & l’abondance que ce Bétail aporte à la maison est li apa-rente, qu’il faudroit ne pornt avoir de sons commun pour la révoquer endoute.

Le froid est l’ennemi mortel de Brebis : elles craignent la neige & lesfdiiucs , mais il est ailé de les en garantir, en leur portant à manger dansleur étable, & en les y tenant renfermées chaudement.

Elles auront pour les loger une bergerie telle qu’elle doit être.

On ne les mene:a point aux champs en Hiver, qu’onnevoie qucletems soit beau > c’est- à-tiire, qu’il falso du Soleil, & ce foin qu’on prendpour lors, est plutôt pour les désennuyer, & leur ouvrir l’apetit en lespromenant, que pour leur taire amasser de la nourriture, qui pour lorsest fort rare dans la campagne ; & comme une partie du fruit qu’on tirede ce Bétail, dépend de celui qui les conduit, on a crû qu’il étoit ne-cellaire de faire ici une peinture des qualitez dont un Berger doit être re-vêtu , a tin qu’outre les soins qu’en prendra le Père de Famille, ces Ani-maux ne viennent point à tromper son attente, manque d’une personnequi lâche les conduire comme il saut.

Des de voirs du Berger.

Un bon Berger doit aimer son troupeau, & par cette raison il ne doitpoint le traiter rudement : ce Bétail fait de e peine a conduire, e'est pour-quoi il est necellàire que le betger soit dun tempérament robuste; illera soigneux de faire souvent la revue de les Moutons, aíin qu’en sachantle compte, il voie s’il n’y en a point quelqu’un d’égaré.

II íèra fìdele, & pour réjouir sos tropeaux il ne dédaignera pointsoir quelque instrument champércs > de faire retentir les vallons de quel-que clunion agréable, veillant fur tout avec les Chiens, que le Loup nevienne point les ravir.

Dis tems de mener p nitre les brebis.

Le Berger íaura que pendant l’Hivcr, lePrintems, & une partie del’Automne, les Brebis ne vont qu’une fois aux champs ; encore faut-ilattendre que le grand jour ait abatu la gelée de delliis les herbes : ce quiest fort dangereux de les rendre pelantes, & de sour causer 1c flux de ven-tre. En Eté qu’elles vont deux fois aux Champs, cen’est pasdeméme ;car le Berger doit les mener paître dès la pointe du jour, que l'hcrbe estencore toute couverte de l'oíèe, & que la fraîcheur les invite a brouterl’hcrbe avec plus de plaisir.

Du tems de les abreuver.

Quatre heures de tems suffiront pour leur laisser prendre autant denourriture qu’il leur en faut ; après quoi lc Bei ger aura soin de les menerboire le lorg de quelque ruilìeau , ou ítirieboid de quelque RcVitre ouproche d’autres eaux, qui ne Soient point cotrumpuës s deux fois en Eté,& une fois en Hiver, lorsqu; le Soleil est couché.

Ce Berger après ce soin, reconduira les troupeaux dans la bergerie,pour les y tenir renfermez juíqu'a trois heures après midi > qu’il les en fe-ra sortir pour les conduire aux champs, pour la seconde fois, dans unautre endroit que celiu ou il les aura menez le matins le changement depâturage les excitant à manger.

Observations fur le naturel des Brebis.

Elles fe trouvent fort incommodées des trop grandes chaleurs : c’estee qui soit que nous les voions bailler la tète pendant ce tems, femettre toutes en un monceau fans songer à brouter l’herbc : celaleur arrive lors qu’on n’a pas la précaution pendant les chaleurs deles conduire dans les lieux qui les cn puilfent garentir par leurombrage.

On observera fur tout pendant la canicule, dc les conduire le matinaux champs, du côté du couchant, & l’après midi, du côté du levant;il est dc la derniere importance qu’un Berger lâche distinguer les bonspâturages d’avec les mauvais, asm d’éviter par-Ia les inconveniens qui enarriveraient a son troupeau.

Tout pâturage de matais ne vaut rien, non plus que l’herbe fur laquel-le l’eau auroit croupi, ou qui auroitétébatuëde quelque 01 âge; cettenourriture les gâte, & les fait mourir en peu de tems.

Un Berger n’oubliera point d’avoir de bons Chiens, pour empêcherque les Loups détruisent st s troupeaux.

II remarquera encore les endroits ou il y aura des chardons, ou desépines, pour leur faire éviter ce pâturage > comme un aliment dange-reux de leur donner la Cale, & de gâter leur laine. Dans les lieux oùl’on fait parquer les Moutons, 1c berger auia soin cn été dc renfermerIon parc de bonnes clayes, & d’y placer st-s Chiens aux quatre coins,ehoiliíìànt le milieu pour y poser fa cabanne.

Des foins du Berger k íégard de la bergerie.

De la négligence du Berger envers fa bergerie, naissent aux Brebisbeaucoup d’inconvcniens : ainsi pour empêcher qu’on ne lui imputepoint ce défaut > il est de fa prudence & de Ion honneur , de les prévenirpar des soins dont il ne peut légitime ment se dilpenícr.

Premierement, il aura pour maxime , contraire à bien des gens, dene jaunis curer fa Bergerie qu’une fois l’année, ati mois de Jml étauxPais ou l’on parque, ou alafìn du mois d’Août dans ceux où cette métho-de ne fe pratique pas; & non point dan* toute autre fuson, acaulcqueleur fiente leur sert dc chaleur.

Tarn. I.

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secondement, il aura soin d’amasfer des cheveux de femme, ou dela corne de Cerf, ou des ongles de Chèvres, pour cn parfumer fa berge-rie, & en châtier par ce moien les Scrpcns, & les autres Animaux quine peuvent que nuire aux Brebis.

Des signes dune bonne Brebis.

Comme le profit qu’on tire d’un troupeau ne dépend que des bonnesBrebis qui le composent ; il est donc mcdlàire de savoir quels sont lessignes qui nous les peuvent faire connoitre poutrelles, loir qu’on lesachete > soit qu’on les veuille choisir dans Ion troupeau pour n'en conser-ver que les meilleures.

Une Brebis pour être bonne doit avoir le corps grand > les yeuxde méme, fort éveillez Sc non troublez; la queue & ses jambes se-ront longues, son dos paraîtra couvert de beaucoup de lame, quipour marquer le bon tempérament a’une Brebis, doit être longue,déliée, lu Jante, d’une couleur Hanche; la grite ou la noire n’elt pasfi estimée. La Brebis de Page dc deux ans elt bonne a garder pour enefpcrer du profit, & l’on jettera comme stérile celle qui auraplusdequatre ans.

De la maniéré de connaître T âge des Brebis.

Pour parvenir à cette conno.ílince, il faut avoir vû souvent des dentsde Brebis, afin que depuis leur nailLnce julqu’aquatre ans, onpuillèlavoir leur grandeur ordinaire; car pendant ce tems-là elles s’entrctien-nent toujours également fans diminuer j mais loríqu’elks ont atteintleur troisième année, cen’tst plus de méme, leurs dents ne paroifièneplus égales; les unes étant plus courtes que les autres, & se fadânt voircomme niées ; cet âge fe recormoit encore aux cornes des Béliers, enremarquant qu’autant qu’il y a d’anneaux dans leur extrémité, autantont-ils d’années.

Du Belier.

Comme ce n’est rien que la Brebis pour le profit qu’on en efperë, íànsl’acouplement du Belier, il n’estpar moins important de savoir connoì-tre un bon Belier, que de savoir choilir une bonne Brebis. Les marquesd’un Belier, tel qu’on doit le souhaiter, est d’avoit le corps élevé , leventre grand, la queue longue, & la laine épaisse, le front large, lesyeux nous & hardis ; qu’il soit large de table, & d’une couleur toute pa-reille ; que les oreilles soient grandes & couvertes de laine, que les cor-nes le retortillent plutôt que d’étre droites: on préféré toujours ceuxqui cn ont a ceux qui n’en ont point, a cause que le Belier qui a des cor-nes est plus ardent après la Brebis, que celui à qui la nature n’en a pointdonné; & cette ardeur est cause que la femelle cn est aulfi plus en cha-leur, ce qui l’oblige à retemr plutôt -• cinquante Brebis suffiront poutun Belier.

De sage auquel on doit faire faillir les Brebis.

II ne faut pas quelquefois s étonner si quelque soin qu’on prenneaprès des Brebis, elles ne deviennent point groiles, c’est qu’on leur per-met dc s'aioupler trop tôt avec le Belier ; leurs forces n’étant pas encorepour lors en état de résister a l’alteration des pairies intérieures, que leurcause l’Agneau qu’clles portent, ni de fuporter le travail qu’ellcs ont,lors qu’elles lc mettent au jour.

D u tems dacoupler les Brebis.

Les sentiment sont partagez fur cet article ; les uns veulent que ce soieenviron la mi-Juillet, afin, dilent-ils, que devant porter cinq mois,elles faiîènt leurs Agneaux au mois de Decembre, ne faisant cetteobservation seulement qu’â l'égard des Brebis qui ne donnent qu’une foisdes Agneaux dans une année; mais pour celles qu’on veut acouplerdeux fois cn un an, qu’on doit s’y prendre des les mois d’Avril,pour avoir les premiers Agneaux cn Octobre, & les faire làillir en-core dans cc même mois d’Octobm, afin qu’efes cn produisent aumois de Février. Voila de belles remarques alliirément, que certainsAuteurs ent bien pris plaisir a écrire, & qu’on trouve en venté bien malfondées.

Premierement, en les convainquant que si l’on acouploit les Bre-bis au mo.s Juillet , pour avoir des Agneaux en Decembre, la ma-xime en siroit très mauvaise; en cc que l’Agneau, qui est extrême-ment susceptible de froid, venant au monde au commencement del’Hiver, seroit toujours en danger de mourir; ou s’il s’échapoit desgrands froids, ce qui ne sc pourroit pas faire fans y aporter beaucoupde soins, il ne deviendrait jamais que d’une efpece de Brebis très-min-ce. La raison deja s’explique allez a’elle-même fur cet article ; voionsl’autre.

Pour les Brebis aufqucllcs ils veulent, difent-ils, faire produire deuxAgneaux en un an, il leur faut donner le Belier au mois d’Avril pour laprcmieiefois, & pour la seconde au mois d’Octobre : voilà proposcr ungain tout clair à ceux qui nouriílcnt des Bêtes à laine, & on ne fait pointde doute qu’iis re préfèrent de les faire porter deux fois l'année, a leurdonner k Bctier une scule fois.

Mais ces Messieurs répendent-ils en cela de la nature des Brebis,puilque nous voions dans un tropeau de deux ou crois cens, qu’âpeine s’y en trouvet-il deux à qui certe envie d’avoir le mâle pren-ne deux fois, quoique le Belier ne les quitte point ; aparemmentqu’ils ont oublié de transcrire quelque ingrédient pour leur. aire avaler,ísc qui ait la vertu dc les mettre en amour deux fois en un an, autrementils doivent à preíènt être convaincus qu’ils n’ont donné cette maxi-me que pour leurrer ceux qui feraient allez simples de donner de-dans.

Et ainsi, ou- voie que l’une ni l’autre de ces maximes, ne va-

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