NEZ. NIC.
Saignement de nez,.
Lc sang qui vient d’une crise, c’est-à-dire, dans les accès de fièvrescontinues, il ne faut pas inconsidérément l'arrêter, si l’on ne voie àpeu près que le malade tombe en défaillance.
Il y a un saignement de nez qui est externe causé par Pardeur du So-leil, ou de quelque chute , ou de quelque coup , ou de trop boire,ou de trop danser ou crier, ou de quelque exercice ou action violente.
11 y en a un autre interne qui vient d’une veine, ou d’une artèrerompue, ou ouverte, ou rongée.
S’il vient d’une artère, il est subtil Si jaune, & pétille en sortant.
S'il vient d’une veine, il est plus épais Si plus rouge, & fort fanssautiller.
Si ['hémorragie dure long-tems, elle menace d’une longue ou mor-telle maladie.
Les femmes qui ont perdu leurs ordinaires, s’illeur arrive un saigne-ment par le nez, elles en sont soulagées.
Tant au saignement externe qu’interne, les jeunes gens qui y serontsujets lc ferpnt ouvrir la veine tous les trois mois au commencement dela Lune > iis boiront peu dc vin, fuiront les exercices immodérez, dor-miront plus long-tems que les autres, mangeront de la salade, des fruits& du potage asstisonné de bonnes herbes rafraîchissantes, comme oseille,pourpier, laitues, chicorée, cerfeuil Sc verjus ; leur boislòn fera decidre, ou petite'biere, ou de tiíànnc, ou de limonade.
Aux filles qui passeront quinze ans on leur procurera leurs ordinai-res, fie useront d’alimens un peu moins rafraichissans.
Aux personnes d’âge on leur fera revenir les hémorroïdes si estesétoier.t supprimées, Si aux femmes on les saignera du pied.
Que si ces remèdes, tant aux uns qu’aux autres, n’arrêtoient pas lesaignement, on leur appliquera pour le plus sûr un cautère sous laplante des pieds , ou on leur fera prendre par le nez de la poudre d’en-tens, ou de mastic, ou de poil de lievre brûlé, ou du vitriol pul-vérisé , ou du jus d’orries, ou de menthe , ou du bol, ou du coral,ou de la coque d’œuf brûlée en poudre, ou ils tremperont les pieds fitles mains dans de l’eau de plantain, ou d’oseille, li-non ils mettrontune poignée de sel grillé entre deux linges , fie Rappliqueront autourdu front Sc de leur tête , en même rems ils baigneront leurs pieds dans del’cau tiède, !è faisant faire des frictions depuis les genouils jusqu’à lacheville, ou bien ils se feront distiller dans l’oreillc opposée au côtéqui ne saignera pas deux ou trois goûtes de vinaigre.
Nez fin. Terme de chasse. C’cst quand un chien a le sentimentbon, Si q u il chaste bien dans la pousliere Si pendant la chaleur.
Nez dur. C’cst lorsque le chien entre malaisément dans la voie.
Nez haut tut Chiot de haut nez,. C’est iorlque le chien va requérirsur le haut du joui».
On remarque que plusieurs animaux, comme les chiens, les lièvres ,les renards, les porcs-épis, &c. ont plus de lames osseuses que les hom-mes qui en ont le moins de tous ; c’est cc qui fait croire que c’estpour cela qu’ils ont aussi meilleur odorat, à cause que cette membrane,dont nous avons parlé au commencement cie cct Article, aiant beau-coup d étendue dans un petit esf ace, elle reçoit en plusieurs partiesune impression des particules écoulées des corps odorans.
NIC.
NICOTIANE, en L:.tn Nicotiana. Quoique cette plante "soitnouvelle en France, on peut diic néanmoins qu’elìc tient la premi.replace parmi les herbes médicinales, a cause de ses vertus singulièresdont on rappoitera quelques-unes dans cct Article. Et parce qu’aucunde ceux qui ent écrit de la nature des plantes n’en ont point faitmention , je vais cn raporter i’histoíie.
Cette herbe est appelìée nicotiine du nom de Monsieur le PrésidentNicot Ambailàdeur de Fiance cn Portugal, qui est lc premier qui cnait envoïé dans ce Rolaume , Scquienaitfdtconnonrelespropiïétez.Les Grecs Sc les Romains cn avoient usé de la même maniéré à i’égarddts plantes étiangeres, auíquellts ils avoient donné le nom de ceux quiles avoient apportées des Pays étrangers. Les François les ont encoreimité en cela dans ces derniers rems. Monsieur Nicot aiant d’abordenvolé certe plante à la Reine Catherine de Médicis, on la nommaVHerbe k la Reine , clle-même voulut la faire appeller l’Herbe Médicée.Les Espagnols lui donnent le nom de Petun [ à cause de la grandeurdes feuilles de la première espcce, ] Sc de Tabaco, [parce qu’il croîtabondamment de cette plante en un Isle de l’Amcrique appelìée Taba-co} dom nous avons fait celui de Tabac que nous lui donnons ; onl’appelle encore ïHerbe sainte à cause de ses effets surprenans, Herbede (Ambassadeur , 5c Herbe du Grand Prieur ; enfin tHerbe de sainteCroix , du nom du Cardinal de sainte Croix, qui étant Ambassadeur cnPortugal en envoia enl’année i y S s. Elle est à présent plus connue fouslc nom de Tabac que de Nicotiane.
Jean îssicot, Ambassadeur en Portugal en i s$ 9 * 1560- fie 1561. al-lant voir les Chartres du Roi de Portugal, un Gentilhomme qui enétoit le garde, lui fit présent de cette plante étrangeie qui avoir étéappoi tée de !a Floride par un Flamand. Cet Ambassadeur la fit cultiverdans lôn Jardin où elle multiplia beaucoup. Un de ses Pages lui dit unjour qu’alant pilé de cette herbe il en avoir mis le marc fie lc jus ensem-ble fur un ulcéré qu’un jeune homme de ses païens avoir fur la joueau rès cu nez, fie qui commençoit à s’attacher au cartilage , Sc que<re jeune homme s’en trouvoir bien: cela donna occasion à MonsieurNicot d’examincr de près la vertu de cette herbe ; il fit venir le malade,& fit continuer ce remède pendant huit ou dix jours, au bout dcsquelscet ulcéré fut entièrement guéri.
Quelque te ms après l’un des cuisiniers de cet Ambassadeur se coupapresque tout lc pouce avec un grand coûrcau de cuisine , le Maîtred’Flô el eût recours à la nicotiane, fie le cuisinier se trouva guéri aprèscinq ou six api areiis. Ce fur alois qu’on publia les vertus de cetteplante, fie qu’elle commença à avoir de la réputation à Lisbonne fie ala Cour d u Roi de Portugal, le peuple la nomma ï Herbe de ïAmbajj’a-deur. Un Gen ilhomme pere d’un Page de l’Ambassadeur qui fassoitfà demeure à la campagne, & qui avoir depuis deux aus un ulcéré á
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la jambe, fut attiré par la renommée; il ne se trouva point trompé dan sses espérances , il obtint de cette herbe, il en fit usage de la manièredont on vient de dire, fie sa guérison se sit en dix ou douze jours.
La réputation de cette plante augmentoic de jour cn jour, plusieurspersonnes accourroient de toutes parts. 11 y vint entte autres une fem-me dont le visage étoit entièrement couvert d’une dartre enracinéecomme d’un malque ; RAmballadeur lui sic donner de la nicotiane, fielui fit dire la manière de Rappliquer, huit ou dix jours après elle vint re-mercier l’Ambaílàdeur qui la trouva parfaitement guérie. Un Capitainevint présenter fou fils qui avoir les écrouelles, fie qu’il vouloir pour /
ce sujet envoier en France. I.’Ambastàdfur ne voulut point le laisserpartir sans faire l estai de son. herbe : quelques jours après on eût desmarques de là guérison ; enfin il fut absolument guéri.
Monsieur Nicot voiant de si grands effets de cette herbe, 5í aiant ouïdite que feu Madame de Monttgni étoit morte à S. Germain en Laied’un ulcéré aux mammelles, qui avoir dégénéré à un noli me t ange-re , auquel on n’avoit pû trouver de retnede , fie que la Comtesse deRusse avoir cherché tous les fameux Médecins du Royaume pour laguérir d’une dartre qu’elle avoir au viíàge, lesquels n’y avoient pidçinner remede ; il s’avifa de la communiquer en France , fie l’en-voia au Roi François II, a la Reine Mere, fie à plusieurs Seigneursde la Cour , avec la maniéré de la cultiver Se de Rappliquer susditesmaládies, comme il Ravoir éprouvé, même a l’égard de Monsieur deJarnac Gouverneur de 1» Rochelle. Monsieur de Jarnac dit un joueà la table de la Reine Meie, qu’il avoir fait distiller de la nicotiane ,
Sc cn avoir fait boire de l’eau mêlée avcc de l’eau de fraise à unasthmatique, qut cn avoir été guéri.
Dejcnption. Cette herbe ressemble en figure , en porc Si faculté, àla grande consonne, t vilement qu’on la foupçonneroìt être une efpecedc grande confoude plutôt que de jusquiame jaunâtre, ainsi que quel-ques-uns ont pensé. Elle a la tige fort droite, ne penchant ni ça nilà, grossi, barbue ou velue & vilqueufe, les feuilles larges & longues»verres, tirant fur le jaune, barbues ou velues, douces, visqueuses »filandrécS, non crenées ni découpées, plus grandes en bas & près íàracine qu’en haut : étant pet.re elle a ses feuilles comme couchées patterre ; mais loríqu’elle monte en tige Si quelle croît, elle sc déchargede beaucoup de feuilles par le bas, jette des branches de demi pied»qui s’élevenr â la hauteur de quarte a cinq pieds, fie quelquefois de troisa quatre 6c cinq coudées, selon qu’elle est semée en terre chaude, gras-se fie bien cultivée: ses branches Sc rameaux forcent des nœuds, les-quels distinguent la tige par intervalle de demi pied en demi pied : dnsommer de ses branches elle jette íà fleur presque semblable á celle dcla nielle, de couleur blanchâtre fie incarnate, aiant la forme d’une pe-tite clochette, sortant d’une íïlique ou guste en forme de petit go-belet ; cette silique devient ronde, semblable à une petite pc*nme ; si-tôtque la fleur est passée elle est remplie de graines fort menues, fie sem-blables à celle de la jusquiame jaunâtre ; elles sont noires quand elle»sont mûres, vertes quand elles ne sont pas encore mûres : dans lesPays chauds elle porte ses feuilles , fleurs fie graines en même remspendant neuf ou dix mois de I année; elle jette fort par le pied fie serenouvelle par quantité de jetions fie près de boutures, fie ses racinesfont quelques petits filets déliés, d’autres plus grossets allez courts parla hauteur de la plante : lès feuilles fie racines rendent un jus gluant fietirent fur k jaune, d’une odeur résineuse, assez agréable, d’une faveuraiguë, acre fie mordicante.
[X>« déverses sortes de Tabac qui se cultivent dans t Amérique.
On ne connoìc en Amérique que quatre sortes dc tabac que l’ondistingue parla figure de leurs feuilles, fie point du tout par leurs gen-res, n’y en aiant point de mâle ni de femelle Sc de petit tabac, com-me quelques Auteurs sc sont avisez de le dire, mais íans fondement.
Ces quatre efpeces fleurissent fie portent toutes de lagraineb orme poursc reproduire , cc quelles font fans aucune altération ou diminutionque celle qui leur peut arriver par la différence du terrain ou de la culture.
Ces quatre tabacs sont lc petun , le tabac à langue , le tabacd’amazone fie le tabac dc vérine.
Le petun que l’on nomme aussi tabac verd, fie que les habirans desIsles nomment grand petun, poulie ordinairement des feuilles devingt-quatre á vingt-six pouces de longueur, fie depuis douze jufqu’à qua-torze pouces de largeur.
Estes font épaisses, charnues, cotonées, maniables, fie d’un très-beauverd; mais comme elles sont délicates fie remplies de beaucoup de suc ,elles diminuent considérablement en séchant, fie comme on dit auxIsles à la pente : cette diminution est cause qu’on cn cultive moins decette efpece que de la suivante.
Le tabac à la langue, qu’on nomme ainsi à cause qu’il a quelquerapport a une langue de bœuf par sa figure , a ses feuilles à peu prèsde même longueur que le petun; mais elles ne palsentpas à sept huitpouces de larges. Elles sont charnues, épaissis, fortes, liantes. gros-ses fie douces au toucher. Gomme elles or,t moins de suc fie d’humi-ditéque celles du grand petun, elles sc conservent mieux Sc ont moinsde déchet à la pente : c’est cette efpece qu’on cultive fur tout aux Islesdu Vent, c’est-a-dire, á la Martinique, ia Guadeloupe, Marie Ga-lande, Saint Christophe.
Le tabac d’amazone porte ce nom, parce que la graine en a étéapportée des environs de la rivière des amazones , qui sépare le Bré-sil de l’Isle de Cayenne. Sa feuille est aussi longue que celle des deuxcfpcces précédentes ; mais beaucoup plus large fie ronde á son extrémi-té: ce qu’elle a encore de particulier, 5c qui la distingue des autres, estque les petites nervures ou côtes qui soutiennent la feuille, tombent:perpendiculairement fur la grossi cote du milieu, au lieu que dans lesautres cfpcces elles suivent le contour de la feuille. Les feuilles dece troisième tabac lont charnues, bien nourries ; fie quoiqu elles pa-roiisenc remplies de beaucoup de soc, estes ne diminuent presque pointà la pente. Ce tabac a une odeur si forte fie désagréable lorlqu’il estnouveau, qu’il n’estgueres possible de s’y accoutumer ; il s’adoucitcependant à la garde, fie au bout de douze ou quinze mois il est excellent.
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