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DOREUR. Celui qui dore. 11 y a à Paris plusieurs Communau-tés de doreurs, savoir les doreurs sor cuir, les doreurs fur cuivre,lesdoreurs en huile & colle, & les doreurs fur fer & acier.
DOREUR fur cuir est celui qui avec des fers applique de l’or enfeuille fur divers ouvrages couverts de cuir, Sc les orne à enjolive dedifterentes figures Sc compartimens ; les Statuts des doreurs fur cuirfurent dressés en 1594 Sc enregistrés en Parlement le 16 . Décembrede la même année. II le fit un Règlement homologué par sentencedu Châtelet du 11. Novembre 1619. & confirmé par Arrêt du 19 dumême mois, qui deíFendít aux anciens Maîtres d’obliger des appren-ti fs pendant dix ans entiers, ^ Sc qui ne permit aux nouveaux d'enprendre a l’avenir, qu’après la dixième année de leur réception à laMaîtrise. Ce Règlement fut fait pour remedier à un grand abus,car les Maîtres s’étoient multipliés en un nombre si excessif par lafacilité de recevoir des apprentifs, que les habiles dans cette profeí-sion n’avoient quasi rien a faire, tout le monde fe mêlant de la pro-fession. La Communauté de ces doreurs est differente de celle desgaigniers, avec laquelle néanmoins elle a beaucoup de rapport Sc derellcmblancc> pour les ouvrages & marchandises quelles vendent Sctrafiquent l’une Sc l’aurre. Les Maîtres Relieurs de livres prennent auilila qualité des doreurs, à cause qu’ils peuvent dorer leurs livres fur tran-che Sc fur cuir. Les Maîtres Relieurs de Paris font qualifiés par leursSratuts Maîtres Relieurs doreurs des Livres, & c’est à eux en effet àqui il appartient seuls de faire cette dorure ; ceux qui fe mêlent dela relieure n'ont pas néanmoins coutume de dorer , & il y aparmi eux des Maîtres qui ne font qu’apliquer l’or, les uns feulementfut la tranche, ses aunes feulement fur le cuir. Voyez. Relieur &Relieure. Les maîtres doreurs en cuir fonr qualifiés garnilléurs,enjoliveurs, parce qu’ils ont la faculté non feulement de faire diversouvrages de cuir, comme cabinets, coffres de chambre, tablettes,miroirs, plians , émirs à balances Sc trebuchets, toiles à poudre,bordures de miroirs, quartés de toilettes Sc de les dorer ; mais ausside les enjoliver de doublures Sc bordures, paslèmens & parsilurcsfaites d’étoffes d’or, d’argent & de foie, même de les garnir de ban-des , coins Sc feuillages d’or Sc d’argent > de l’éton Sc d’acier. Pourne pas confondre les ouvrages Sc marchandiles que les doreurs furcuir peúvenr vendre Sc fabriquer, avec celles qui fonr du métier desgainiers , les Statuts des premiers-entrent dans un grand détail desuns & des autre 5 . Chaque Maître est obligé d’avoir un poinçonpour marquer- ses ouvrages, il n’est permis a aucun de contrefairecelui d’un autre. L’empreinte du poinçon lé garde dans la Chambredu Procureur du Roi pour y ^voir recours si besoin est. Les marchan-dises foraines (ont sujettes à visite ; mais en cas de retardement parles Jurés pour les visiter, après qu’ils en ont été requis, ils font te-nus des interrêts du íéjour du forain: quatre Jurez dont les deux an-ciens sortent chaque année gouvernent la Conîinunauté, font les vi-sites , donnent les Chefs-d’œuvres & reçoivent a la maîtrise ; nul nepeut tenir boutique du métier s’il n’est maître, Sc nul n’est reçumaître s’il n’a fait apprentissage ,&c.
D O R E U R fur cuivre Sc autres métaux, c’est celui qui fe sertdu feu pour appliquer l’or ou l'argent en feuille sur les métaux,’ ouqui les dore avec de l’or moulu. La Communauté des doreurs furcuivre est gouvernée par quatre Jurés, qui font les visites , enregistrentles brevets d’apprentillage, donnent le Chef-d'œuvre Sc preftntent lesafpirans à Maîtrise., pour erre reçus & prêter le íerrnent par devantles Officiers du Châtelet, après qu’ils ont été reconnus capables. Deuxde ces Jurés fe renouvellent tous les ans par Élection , enfortequ’ils restent chacun deux années en charge : c’est aux doreurs furcuivre qu’il appartient de dorer & argenter toutes sortes d’onvragesde cuivre & de bronze, soit pour les Églises, comme croix, chande-liers, bassins, lampes, encensoirs, burettes, navettes, &c. soit pour leménage comme plats, bassins, flambeaux, cuvettes, chenets, mou-chettes , porte-mouchettes, bras candclables-, garnitures de cabinets,bureaux, commodes, armoires , pendules , loi: enfin pour les Sel-liers, Carrossiers, Éperonniers, Tapissiers Sc tous autres tels artisansqui employant des clous de cuivre à tête dorée ou argentée , desgrandes Sc petites boucles, des vases, plaques , cantonniéres & autresornemens de bronze doré pour les carroilès, chaises, fauteuils, ca-napés Si autres meubles. Cependant il faut remarquer que les Maî-tres Éperonniers Sc les Maîtres Selliers Carrossiers onr la faculté dedorer les ouvrages de cuivre, de bronze Sc de fer qu’ils employeur Scqui sont propres de leurs métiers’,Els que font les bossettes desmords, Sc les mords même > Scc. Nul ne peut tenir boutique s’iln’est Maître, & nul , à l’exception des fils de Maître, ne peut aspirera la Maîtrise, s’il n’a faic apprentislage & s’il n’a encore servi chezles Maîtres en qualité dc Compagnon le tems marqué par les Statutspour le Compagnonage. L’apprentiísage est de cinq aimées entieres& consécutives chez le Maître , & le Compagnonage de cinq autresannées ; mais chez tel Maître qu’il plaie au Compagnon. II y a desMaîtres fans qualpé, on reçoit ces Maîtres fans Chef-d'œuvre. Tourapprentis étranger est obligé au Chef-d'œuvre qui Idi est donné &divisé par les Jutés. Les fils de Maîtres ne sont tenus que de la (unpie expérience, le Chef d’œuvre ne consiste ordinairement que dansla dorute d’un grand clou de carrosse & d’un piton quarté de fer àvis : la dorure d’un petit clou à tête suffit pour l’experience. LesVeuves jouissent de tous les privilèges de la Maîtrise de leurs Maris,fans qu’elles aient néanmoins la faculté de prendre de nouveaux ap-prentifs, mais feulement d’achever celui qui est commencé, si estesN'aiment mieux le céder ou le vendre à un nouveau Maître.
DOREUR en huile. C’est celui qui dore en appliquant des feuil-les d’or íur une couleur à l’huilc, qu’on nomme or couleur, qui n’estautre chose que ce reste des couleurs qui tombe dans les pined-liers ou godées, dans lesquels les Peintres nettoyent leurs pinceaux.On broyé Sc passe par un linge cette matière qui est extrêmement
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grade & gluante , & elle sort. dc fond pour y appliquer l’or en feuil-le , qui a été préparé par les Batteurs d’or ; elle le couche avec lepinceau comme les vrayes couleurs , après néanmoins avoir encolléí’ouvrage,& si c’est du bois lui avoir donné quelques couches de blancen détrempe. On n’attend point que cet or couleur soit entieremencsec > il faut qu’il soit allez onctueux pour aspirer Sc retenir l’or ; oron étend les feuilles par dédits, soit entieres, soit coupées par mor-ceaux , sc servant pour les prendre de coton bien doux & bien cardé,ou de la palette des doreurs en détrempe, ou même simplement ducouteau avec lequel on les a coupés, scion les parties de l’ouvragcqu’on veut dorer, ou la largeur de l’or qu’on veut appliquer; onpasse par dessus à mesure que l’or est polé une brodé ou gros pin-j ceati de poil doux pour l’attacher, & comme l’incorporer avec cou-leur Sc avec le même pinceau ou un autre plus petit; on ieramandes’il y a des caflures, c’est de cette dorure que les doreurs à l’huilefe servent ordinairement pour dorer les dômes & les combles des É-, glifes, des Basiliques Sc des Palais, & les figures de plâtre & de; plomb, qu’on veut exposer à l’air & aux injures du tems. CestaussiI à l’huile que l’on dore les ornemens des plats-fonds, corniches,les moulures des lambris , Sc d’autres semblables ouvrages , soit depeinture, soit de stuc, soit de bois, dont on embellit les galeries, lessalons & les autres riches appartemens des ' bâtimens considérables.
D O R E U R en détrempe ou à colle, c’est celui qui applique lesfeuilles d’or fur un fond fait de plusieurs couches de blanc en dé-trempe , qu’on couvre d’un mélange de diverses sortes de drogues ,qu’on nomme laflietce de lot, parce qu’on y place & assied les feuil-les de ce métal. Les ouvrages de stuc & de bois font presque les seulsque l’on dore â la colle, encore faut il qu’ils soient à couvert, cettedorure ne pouvant résister ni á la pluye ni aux impressions de l’air,qui la gâtent & l’écaillent aiscment ; cette dorure en détrempe sefait avec plus de préparatifs & avec plus d’arr que la dorure à l’hui-le , mais aussi par une efpece de compensation elle ne peut être em-ployée en autant de divers ouvrages, ni si grands, ni dans ses mêmeslieux, que celle qui f, fait avec l’or couleur. La colle dont on sesert en détrempe doit être faite de rogneures de parchemin ou degands, qu’on laisse bouillir dans de l’eau, jusques á ce que cette eaus’épaissilié en conítstence de gelée. II y a plusieurs façons que le do-reur cil détrempe employé l’une après l’aurre, elles se réduisent pre-mierement a encoller, par exemple le bois si cest du bois qu’on veutdorer. à lui donner le blanc, adoucir ce blanc , mettre le jaune, cou-cher l’assietre fur le jaune . dorer, ensuite brunir l’or ou mater l’or.Encoller le bois, c’est y mettre d’abord une souche de eette colletoute bouillante, après laquelle premiere façon on donne le blanc,c’est à-dire qu’on l’imprime à plusieurs reprises d’une couleur blanchedétrempée dans cette colle , qu’on rend plus foible ou plus forteavec de l’eau suivant que l’ouvrage le demande. On sc sert dunebrosse de poil de sanglier pour coucher le blanc. La maniéré de lamettre & le nombre des couches sont differentes suivant l’efpece desouvrages. On mec ce blanc ou en adoucissant, c’cst-à-dire, en traî-nant la brosse par dessus, ou en tapant, c’est-à-dire, en frapant plu-sieurs coups du bouc de la brosse, pour faire entrer la couleur danstous les creux de la sculpture ; en l’une & l’autre maniéré il faut ob-server de n’en point donner que le précédent blanc me soit bien scc.
On adoucir ce blanc ensuite, ce qui se sait en le mouillant avec del’cau nette & en le frottant avec quelque morceau de grosse toile,s’il est uni > mais si c’est de sculpture il saur sc servir de petits lam-beaux au bout de legers bâtons de sapin, pour pouvoir plus aisé-ment suivre tous les contours Sc pénétrer dans cous les enfoncemensdu relief. Le blanc étant bien adouci on y met le jaune, cette cou-leur sc mec chaude, elle supplée dans les ouvrages de sculpture àl’or, qu’on ne peut quelquefois porter jusques dans les creux S£les reveis des feuillages Sc des ornemens. Lassiette se couche furle jaune en observant de n’en point mettre dans les creux des ou-vrages de relief. On appelle assiette la couleur ou composition furlaquelle doit sc poser Sc asseoir l’or des Doreurs. Plusieurs droguesétant broïées ensemble & détrempées dans la colle précédente toutechaude, on en applique fur le jaune julques a crois couches, observantde donner seulement les dernieres lorsque ses premieres font parfai-ment sèches. Lorsqu’on veut dorer on prépare de trois sortes de pin-ceaux, des pinceaux à mouiller, des pinceaux à ramender & des pin-ceaux à mater, il saur aussi un coussinet de bois couvert de peau deveau ou de mouton, Sc rembourré de crin ou de bourre, pour éten-dre les feuilles d’or battu au soitii du livre, un couteau pour les couper,
& une palette ou un bilboquet pour ses placer sor l’assietre. On scsert d’abord des pinceaux à mouiller pour donner de l’humidité à l’asolierre en l’humectanr d’eau, a lin qu’elle puisse aspirer & retenir l’or :on met ensuite les souilles d’or íur le coussinet & on les pose & étenddoucement sor les^endroits de lassiette fraîchement mouillés. Lors-que l’or s’est cassé en rappliquant on le ramende, en bouchant les cas-sures avec des petits morceaux d’or, qu’on prend au bout des pin-ceaux à ramender Sc aveC ses mêmes pinceaux, on l’unit par tout Scon l’enfonce dans tous les creux de la sculpture où on la peur porter.L’Or en cec état. après qu’on l’a laissé parfaitement sécher sc brunitou se mat. Brunir l’or c’est le polir & le lisser fortement avec le bru- Cnissoir, qui est ordinairement une dent de loup, ou de chien, oubien un de ces cailloux qu’on appelle pierre de sanguine en manchesde bois, ce qui lui donne un brillant & un éclat extraordinaire. Ma-ter lot c’est passer legerement de la colle, ou détrempe dans laquel-le on délaye quelquefois un peut de vermillon sor les endrbits quin’ont pas été brunis, on appelle aussi cela repasser ou donner cou-leur à l’or. Cette façon le conserve & l’empêche de s’écorcher, c'est-à-dire, dc s’enlever quand on 1 e manie. On nomme pinceaux à ma-ter ceux qui servent à donner cette efpece de glacis de colle. En-I fin pour derniere façon » on couche le vermeil dans tous les creuxI des