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FORMULES. Terme de Pratique, sont des actes tout dressés sui-vant les Oidonnances , pour servir de modèle aux Praticiens à Rome;par l'ancicn Droit il étoit absolument nécellaire de suivre les formules àla lettre, enlotte queíi l'on y manquoit on perdoit fa cause. C’est ceque dit Sigonxus dans ion Traité de antique jure ctvium Romanorum ;formuli quéuiam adbtbebaxtur quarum duclu tn judtciis experirentur ita ,u t qui uno verbo errajfit is tota causa cecidejfe videretur. C’est dans leio. Chapitre du suldit Traité ; mats par le Droit nouveau, établi parla Loi unique au Code de formulis, à laquelle notre uiàge est confor-me , on coniìdére plus la lubstancc de Pacte > que les termes dans les-quels il est conçu. On a dit ailleurs la ration de l’institution des for-mules dans le Droit Romain , & leur utilité en toute Pratique du Droitparmi toutes les Nations. On ajoutera ici cette considération parti u-licte fur le même sujet, que chacun d’entre le peuple peut poursuivreses droits & prétenhons, & se défendre contre les injustes prétentionsd'autrui auprès des Juges; mais comme les Juges ne font ni Prophètesni Devineuts, &ne peuvent comprendre ni les intentions , ni lítat ,ni le droit de ceux qui expriment mal, ou font des omiilions préjudi-ciables , il a fallu que pour expédier plus facilement les affaires par desjugemens sondées fur des claires & essentielles expositions, on réglâtcn toute efpece d’assaites la maniéré de s'exprimer nettement en ter-mes propres & non équivoques, fans être en péril d’oubliet aucunescirconstances essentielles : on a même donné commission à deshabilcsdc concerter ces formules, & les rendre pleines & parfaites. Ces habi-les ayant entendu les intéressés, & réduilant leurs expressions impro-pres aux justes termes dc l’art juridique, L les ayant interrogés judi-cieusement pour épuiser tout ce qu’ils pourroient émettre à leur pré-judice, sonnent enfin ces formules & ces maniérés exactes Sc essentiel-le; , par lesquelles ils exposent aux Juges les prétenfionsde leurdiens,Icets moyens & preuves , Sc leur adreíknt des requêtes pout obtemrd eux tout ce qui est requis scion les Loix & Régies du Droit Civil ScNational ; voila des nouvelles considérations pour justifier les formulesantiennes & montrer leur milité. Mais il est’airivé des ínconvénipisdune si bonne institution, i. Ces habiles dont on a patlé, font deve-nus tellement scrupuleux la plupart du teins par ignorance du fond deschoses, que sc tenans aux formules & a toutes les claules tant actuel-les que possibles, ils ont rempli Lu.s actes particuliers dc plusieurschoies inutiles, superflues St bots du cas: c'estee qui a représenté fauxa íx Jug s, & a rendu les actes Inìg eux > & a été 1- lource de plusieursprocès dans la fuite. i. Les Juges mêmes modernes íe lont tellementréduits á appuyer lents jugemens fur les formules > que souvent ilsn'emendoicnt plus les plaideurs qui expoloicnt leur faits & cause horsde ce style ; cc qui les a portés a punir ceux qui n’cntendoient pointla formule par la perte du fond , ce qui avoir tellement attaché les ,plaideurs à íe rendre lavans tn sormule, que la méthode de procéderen Dtoit éroit devenue une pure pédanterie, a peu près semblable acelle qui arrive lorsque les faux sitvans ne veulent point converser avecks gens raisonnables & naturels, que pat des triions & argumens tnforme fyllogistiquc. On a donc remédié à ces inconvéniens en ne blâ-mant point les formules; mais en cessant de la requérir si rigoureuse-ment. Voilà la liberté où est à présent la Jurisprudence Françoise, toutsera bien reçu auprès denos Juges sages &j éclairés, qui lera fondé furdes rasions pistes & fut les Loix. Letymologic de ce inot formule vientd u Latin formula de forma forme, elles font de petites foi mes ou maniè-res de s'exprimer fort courtes > concises, Sc d'une grande & riche signifi-cation. Les formules font donc ces termes prescrits & ordonnés pourfaire quelque acte de justice. Le Droit Romain cn étoit tcut plein. Lesstipulations Sc les divorces se f assoient avec certaines formuLs , & encertains termes. Mr. Bignon a commenté les formules de Marculphe ,ouvrage dont on fait grand cas. Cnejus Flavius avoir aussi public de Iont ras les formules du Droit Romain, qui furent fort bien reçues , ceste mes concertés étoienc comme sacrés, í& consacrés dans les contrats,&u autrement le moindre défaut étoit capable de rendre nuls les actesks plus imporrans.

[FORT 1 FI ANS. Voyez, Remèdes.

FORTIFIER le cœur &l'eíprit. Voyez Cœur. Élixir de santé.

FORTIFIER les nerfs. Voyez Foulure.]

FORTUNE. Terme œconomique, pour dire les richesses , leshonneurs, l’abondance' de biens temporels , des biens sensibles > desbiens de la société civile , les dignités, le crédit, les établisscmcns desperionnes de fa famille. Cette façon de parler est commune te d’uncontinuel usage ; mais elle nous vtent d'une source impure qui sembleopposée à l’idée que k Christianisme & la saine raison nous donnentde la divine providence , source de cous ks biens temporels & spiri-tuels, que Dieu administre aux hommes avec sagesse Se avec justice.I! est bon pour purifier notre langage que nous lâchions ce que lesAnciens du paganisme avoient conçu & imaginé de ce mot fortune;nous développerons leurs scntimens confus & en corrigerons l'erreur,& y apporterons dans les endroits les plus dangereux les préservatifsque la laine raison nous fait connoitre depuis que la Réligion Chré-tienne a purifié & exalté cette lumière naturelle au plus h tut comblede fa perfection. Après quoi nous apporterons plusieurs excellentesmaximes pour conserver & augmenta son bien ou pout cn acquêt.rlégitimement, si on n'en a pas encore acquis, & c'est ce dernier pointqui regarde directement l’œconome, qui veut devenir en honnête-hom-me l’arrisande fa fortune & des personnes dt fa famille; conlidéonsdonc piémierement la fortune dans le lens des Anciens. Les Payensfaifoient tant de cas dc biens sensibles & des avantages de la vie ci-vile, que peu s’en fau- qu’ils n’ayent divinisé ces sortes de biens, com-me étant chez la plupart ks moyens uniques de parvenir à la félicité& au salut; maiss’ils ont euaslèzdefo:ced'esprit& de jugement pourne pas adorer l’or, l’argent & les autres biens, il est certain qu'ils ontadoré la source 4c la cause confusément connue de ces richesses & deces biens. II n’est pas aisé de débiotiiller ce que l'antiquité vouloir di-te parle nom de fortune; les Latins ejitcniioicnt pu la je ne íài quelTome I,

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principe, par lequel les choses arrivent fans qu’il soit nécessaire qu'el-les arrivent; maïs ils ont ignoré quel étoit positivement ce principe.C'est pourquoi quelques Philosophes ont dit que les hommes ont fa-briqué le phantôme de la fortune, pout couvrir leur ignorance, & qu’onappelle fortune ce qui arrive à chacun fans savoir pourquoi. Cicérondit que l’ctreur & l'ignorance des causes ont introduit le nom de for-tune, ainsi lelon les Payens la fortune nétoit que l’évenement deschoies qui arrivent d’une maniéré subite & inopinée , fans en savoirla cause ni la raison ; or ce qui agit sans régie 5c fans intelligence estpure contradiction & pur tien ; car toute action est précédée de déli-bération & de projet, & suppose une régie qui dirige Si détermine, au-trement on ne peut concevoir qu’une action puisse commencer, se con-tinuer & finir. Cependant il est certain qu’cn divers endroits on voyoitdes Temples consacrés à la fortune, comme à une Déesse. Cela suppo-se que les Payens la regardoient comme unej Divinité qui dispoíbft àson gré du sort des hommes , ces Anciens fai.oient de cette fortunetantôt une cause obstinée à faire du bien aux uns & à persécuter lesautres, tantôt une cause aveugle, inconstante , qui n’a rien de fixe nid’airété. Si donc ce mot de fortune ne signifient rien ,de certain dansla bouche de ceux qui lui dressoienr des Autels, l’on peut encore moins -définir ce qu’il signifie dans l’cfprit de ceux qui l’employent dans leursécrits. Si quelqu’un s’avançoit á dite que le mot de fortune est devenutrcs-pur&innocent,puisque l’on n’tntend aujourd'hui par ce mot quela divine providence, je lui objectetois que cette excuse n’tst point va-lable, puiíque fi l’on entend par ce mot la divine providence, ces fa-çons de parler seront peu religieuses. II faut sc défier de la fortune > afortune est aveugle, l'injusticc de la fortune, la fortune est une folledans la distribution de ses faveurs; quel sens raisonnable peut-on don-ner à ces façons de parler, si l’on entend par la fortune, la providen-ce, ceiont des façons de parler qui marquent oul’impicté ou le paga-nisme; Dans toutes ces façons de parler l’on ne peut point substituerla providence en la pla^e de la foi tune. L’idce qui répond à l’expref-lion est Payennc auiìi bien que l’expreflìon , par conséquent il sembleque dans l’exactitude du discours l'on ne doit point se servir d’un termequi ne signifie rien ou qui associe la fortune avec la providence dansla conduite de l’Univers. II est quasi certain que ce quia fait introdui-re le terme de fortune, c'est que ks hommes du commun & peu rai-sonnables & éclairés voyant atriver des maux & des désordres, & n'osantsc plaindre dírectciflcnt de la providence, ils s’cn prenoient a la chimè-re de la fortune; c'écoitàlcur mécontentement une elpecc de consola-tion de s’indigner contre quelque objet, même contre un phantôme;nos passionsnetant point en ces rencontres raisonnables, il ne fauts'étonner que l’on puisse calmer ces passions ou les adoucir par desmoyens des chimères » à qui lTm donne de la réalité pour sc pouvoirvenger & pour y adresser íàns danger son indignation.'Les mémes hom-mes peu éclairés ne voulant point s’acculer eux-mémes dette la causede leuis propres malheurs, ils déchargeoient leur chagrin contre la for-tune, dont ils pouvoienr dire impunément tout ce qui leur plaisoir. LesChrétiens ont adopté un langage íì commode & iì favorable à leurspassions, & d’un côté entêtes d'eux-méme & de leur prétendu mérite,

& del’autre faisant scrupule d’acculer la providence de Dieu d’injusti-ce, ils chargent la fortune de tous ks maux qui leur arrivent fans appro-fondir quelle est cette cause aveugle , sur laquelle lis déchargent leurchagrin. On appelle donc maintenant fortune le bonheur ou le malheur,ce qui arrive par hazurd, qui est fortuit & imprévu, qui n’a point decauie certaine & connue, Si ce mot sc prend pour tout ce qui peut arri-ver de bien & de mal à un homme.

Les Anêiens peignissent la fortune en habit de femme avec un ban-deau íur les yeux, pour faire entendre qu’clle agit fans discernement ;ses pieds étoient fur une roué pour marquer ion inconstance , dot»vient qu’on a dit la roué de la foi tune ; on la reprísentoit comme unejeune fille,' pout faire comprendic qu’elle n’aime point les vieillards,de la vient qu’on la compare a une enquête qui ne caresse que les jeu-nes gens; aujourd’hui quoique nous reconnoiflonsque la fortune n’estrien par elle méme, l’on ne la stè point néanmoins dc sc servir de laplupart des phrases dont les Payens se fer voient; il faut, puifqu’on nepeut changer cette méchante coutume, il faut, dis-je, l’excufer en quel-que maniéré, en disant que ccs façons de parler sont figurées de peurde ne condamner Si rendre odieux tous nos Poètes & tous les Écrivainsd’historietes, de romans. Si méme des pièces d’éloquence Sc de belleérudition. II faut accorder au commun des hommes, comme auxen-fans ces divertillèmens, qui soi t du ressort del’imaginarion, de !a fic-tion & de la fable ; ils possèdent si peu dans le réel, qu’ils sc trouve-roient trop pauvres & trop mélancoliques ; il n’y a pas ici seulementde la puérilité, mais un peu de folie, fur tout dans ceux quis’applau-dissent dans ces choses, & s’cn prétendent faire un mérite & une répu-tation de gens d’eipnt.

Cette Déesse fortune n’est pas du nombre des Divinités les plus an-ciennes chez ks Grecs , puisqu'Homere ni Hésiode n’en ont sait au-cune mention dans aucun endroit de leurs Poèmes. Cette modéra-trice de tous les événemens qui arrivoienc, avoit deux propriétés oudeux fonctions opposées . te qui avoit porté les Anciens à crablir,deux Divinités; savoir, la Lionne Si la mauvaise fortune. Pausanias par-le des Temples dédiés chez les Grecs à la fortune, méme à la fortunedes D eux > ce qui est bien indigne dc cette sage Nation , d'avoir sou-mis les Dieux & leur sagesse á îa fatalité & à une fata'iré bizarre &fans raison; il remarque qu’Homere a bien parlé de la fortune ou deTyché, & qu’il lui avoit donné rang entre les Nymphes filles de1 Océan ; mais il remarque que le méme Homère ne lui a rien donnéde terre grande puissance furies choses humaines, quoique ce mémePoète ait ailleurs désigné les propres fonctions de iliaque Déesse. Pau-sanias a voulu remarquer que cette imaginaire toute puissance de lafortune, dont la vanité des hommes a fait tant de bruit dans les siéclessoivans, n étoit pas encore tombée dans l’ciprt, au moins dans l’essprit des Grecs , avant k siécle d’Homere, il remarque encore en plu-

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