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tifs à discerner les mots Sc les idées, & à en faire un hsage propre &raisonnable avec choix & discernement. La Rhétorique ou l’art depersuader n’est pas comparable en dignité Sc utilité á la Logique exac-te ; mais comme l'on y traite des figures d’éloqucnce , qui supposentune grande & fixe connoissance des pallions & de tous les mouve-mens dn cœur humain; qu’on a dessein de persuader & porter à toutbien, & de dissuader & détourner de tout mal : II est évident quecette sorte d'étnde contribuera á toute politesse & commerce sage ,doux & raisonnable. Enfin la Poésie étendra & sublimera l'imagina-tíon en Kaccoùcumanr à feindre, inventer, enchcrir íur le naturel &l’enrichir. Toutes ces occupations intérieures ont cet effet admirable,qu’ellcs charment les jeunes gens, qu’elles leur fournillent un specta-cle extrêmement étendu, qui leur plaira íi soir, qu’ilsn’auront plusdu goût pour leurs premiers divertilsemens extérieurs. Voilà le chan-gement admirable que cause l'étude des lettres humaines, & la raisonfi J’étymologic du m or.
[HUMECTANS. Voyez, Remèdes.]
HUMILITÉ. Passion qui peut être en œconomie une dispositionlouable & vertueuse, Sc une paillon vicieuse. II y a trois vertus prin-cipales dans les membres d une famille, i. La dignité &la générolitédans le chef. i. L’humilité ou la soumission Sc obéissance dans les gensde service, z. La modestie est assez convenable au reste dc la famille. Lagénérosité & k modestie sont d’un autre lieu fie article, l’humilité estla passion qui convicnrà cet endroit, & afin qu’on daigne considérercet article, on va lui donner beaucoup du relief, en faisant quelquesréflexions fur les fentimens qu'cn a tu Mr. Descartes , beaucoup depersonnes feront peut-être surprises de m’entcndre palier de l’humilitéíòus la direction de Mr. Dcí'carce-. > un Géomettre fi fier Sc si habile,c'est pour exciter de la curiolité . que j'ai choisi cet Auteur > qui parlede l'humilité comme dune passion qui peut être vertueuse & vi-cieuse, c’est dans la troisième partie de son Traité des passions entart. tss.fous ce titre en quoi confiste f humilité vertueuse. Les plus généreux , dit-il »ont coutume d être les plus humbles , A l'humilité vertueuse ne confisequ en ce que la réflexion que nous fafons fur l infirmité de notre nature ,fur Us fautes que nous pouvons avoir autrefois commises ou sommescapables de commettre , qui ne font pas moindres que celles qui peuventêtre commises par d'autres, eft cause que nous ne nous préférons à per-sonnes , N> que nous pensons que les autres ayant leur Itbre arbitre aujfibien que nous, ils en peuvent aujfi bien user. Selon ce discours > il pa-roit que Mr. Descartes a pensé que l’humilité vient d'une parfaite con-noislánce que l’homme a de la nature humaine, ainsi bien loin quecette humilité soit un effet d’une ballclse dame Sc de la stupidité, c’estau contraire un effet naturel de la parfaite connoiflancc de soi-même;si Descartes a cru qu’il y avoir dans l’homme dc quoi inspirer une véri-table & sincère humíli’é dans celui qui se connoît bien , je ne saicomment des hommes du commun oient confondre cette raisonnabledisposition d’un espiit & d’un cœur éclairé avec une bassesse d’ame ;mais comment peut-il ctre vrai que les plus généreux font les plushumbles; c’est patte que leur grande amc Sc grand esprit leur saitavoir les idées de la plus haute perfection, & qu’ils sc plaisent à te-connoìtre lent état réel, & la grande distance en re cet état & l’idée deperfection. L’orgnëil est donc par la raison des contraires un effetdu peu de connaissance que l’homme a dc l’idée dc ce qui est par-fait, Sc du peu d'ainour pour des vérités défait aussi constantes, quecelles dont les grands hommes font un aveu sincère. Dans l’humili-té il y a bien d’autres marques d'une profonds connoissance ; car ou-tre que l’homme éclairé a une grande idée de la perfection théorique ,& connoît son prix & son état, comme nous avons dit ci-dessus, ila encore cette connoiílànce , & fait cette réflexion , que quelqueparfait qu’il peut être , quand même fa pratique scroit aussi parfai-te que sa théorie : cependant comme il n’est point la source pri-mitive de sa lumire Sc de ses antres bonnes qualités; mais un vaserempli des dons de Dieu, il estime que ce (croie une grande faus-seté s’il prononçoit des jugemens contraires, comme kit l'orgueil-leux : & fur quel fondement peut s’énorguëillir celui qui a toutreçu de la source commune de tout bien? Le blâme que donne Sc.Paul aux orgueilleux est fondé sur le même principe. Qu as-tu ôhomme vain que tu ri ay ts repu& fi tuas tout repu, pourquoi t'en glo-rifie tu! Mr. Descartes dans t article isç. fous le titre de fhumilìté vi-tieufi , tient ce discours. Vour la bassesse ou humilité vicieuse, elle consis-te principalement en ce qiion se sent faible ou peu résolu, fr que commefi en naveit pas lufage entier de son libre arbitre , on ne se peut' empêcherde faire des choses , dont on fait que ion fe repentira par aprìs ; puisauf-fi en ce qu'on croit ne pouvoir subsister par foì-même , ni fe passer de plu-sieurs choses , dont Vacquisition dépend dautrui : ainsi elle tfl directe-ment opposée h la générosité, fy il arrive souvent que ceux qui ont ies-prit le plus bas font les plus arrogans fy superbes , en même fapon queUs plus généreux font Us plus modestes fr- les plus humbles ,• mais au lieuque ceux qui ont t esprit fort fr généreux ne changent point d humeurpour Us prospérités fr adversités qui Uur arrivent , ceux qui lovt foiblefr objet ne font conduits que par la fortune > fy la prospérité ne Us en-fle pas moins que tadversité Us rend humbles , même on voit souventqutls s'abbaìstent honteusement auprïs de ceux dont ils attendent quelqueprofit, ou craignent quelque mal, fr quau même tems ils s’élèvent info-Umment au-deffus de ceux defquels ils n'esperent ni ne craignent aucunethofe. Voici l’analyse dc ce texte, & les corollaires de là doctrine'furl’article de l’humilité, foie vertueuse, soit videuse, sur la générosité Scl'oiguëil. Pour la bassesse ou humilité vicieuse , elle se ttouve quandon se sent foible ; il faut entendre ici une bassesse honteuse, Sc d’unefaiblesse où l’on fe ttouve par le mauvais usage de sa liberté, &l’abusde ses forces. C’est cet état que l’on peut appellcr bassesse ou humi-lité vicieuse. Car si l’homme se trouve foible non par sa faute ; maispar une pure disposition de la sage providence , Sc que l’homme sesoumette volontairement à cet ordre de Dieu : bien loin que cetabaissement soit honteux, que cette humilité puisse ctre nommée vi-cieuse; elle est une modestie Si humilité louablç Sc d’estjme, Sc c’estTome Z,
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i une des principales branches de la générosité. Cette humilité s’esttrouvée dans quelque Philosophes Payens, fur tout dans le PhilosopheÉpitects dans l'on esclavage. De même doit-on interpréter ces paro-les, l’humilitc vicieuse se trouve, quand on se sent peu résidu; lorsquece manque de résolution vient ou de la fuite des devoirs pénibles ,ou d’un lâche amour pour le bien sensible. On voit dans les parolessuivantes, que Mr. Descartes est d’un sentiment tout opposé à ses au-tres Philosophes, qui ont moins bien pensé furie libre arbitre & sutla liberté humaine, par où on voir manifestement le pau de fonde-ment qu’à eu un Auteur, qui a osé accuser Descartes de Spinolifme.Je ne vois point aucun Philosophe qui ait élevé si haut le libre arbitreque Mr. Descartes , témoin t article so. de la premiere partie du Trai-te des passions , où est en titre cette proposition, qu il riy a point dam»fi foible, qu’élit ne puisse, étant bien conduite, acquérir un pouvoir abjòittfur Jes passons. Dans l'art. 14 g. il soutient que ('exercice de la vertu,ou bon usage du libre arbitre, est un souverain remède contre lespassions:dans le présent articU isç. il dit, celui-ià ostdansl’humilitévicieuse, qui croît ne se pouvoir empóher de faire des choses, dontil prévoir qu’il fe repentira; car il se décourage, dit-il, comme si onn’avoic pas l’usage entier de son libre arbitre. Tant il est c’ajr queDescartes est entrcremenc opposé á ceux qui denient à l'homme kliberté; ensuite notre moraliste attribuel’humilité vicieuse à ceux quicroyent ne pouvoir subsister par soi-même; mais pensent ne se pou-voir passer des choses qui dépendent d’autrui, par où on voit queDescartes n’est point éloigné du sentiment de Senequc, de Zenon Scdes Sroïqucs, qui ont ptnsé que I homme est libre, Sc que son bon-heur & sa tranquilité dépend du seul bon usage de sa liberté : commecette ame sotte & généreuse estime, que la générosité est autant op-posée à l’humilité vicieuse, comme â l’orguëil, nous devons pour sen-tier éclaircissement de cet article; savoir, ce que Descartes entend parla générosité. Voici son sentiment dans tort. is 3 . sous cc titre , enquoiconfifi* la générosité. Voici le texte. Ainfìje crois que la vraiegéné-rofité , qui fait qu’un htmmt s'eftime au plus haut point qu d fe peutlégitimement estimer, confise en deux choses. 1 . En ce qu'il connoît qu iln y a rien qui véritablement lui aprartienne, que cette libre disposition dofes volontés, fr qu'il ne peut être loué ou blâmé, sinon par ce qu’il en usebien ou mal. 2 . En ce qu il sent en foi-meme une ferme fr constante réso-lution d en bien ujer , c’efi-a-dire, de ne manquer jamais de volonté pottrentreprendre fr exécuter toutes les choses qusl jugera être les meilleures ,fr cest ce qui eft juivre parfaitement la venu. Ceux ( continue le mi-me Auuteur) qui font généreux en cette façon, font naturellement portés kfaire do grandes choses , fr toutefois à ne rien entreprendre , dont ils ne fesentent capables, fr par ct qutls n’estiment rien de plus grand que de fai-re du bien aux autres hommes , fr de mépriser son propre intérêt , pource sujet ils font toujours parfaitement courtois , astables f> osteteux en-vers un chacnu ; f' avec cela ils font entieremtnt maîtres de lestrs pas-sions , particulièrement des désirs, de la jalousie , fr de lenvie > k cause( dit-il ) qu’il ny a aucune chose dont lacquisition ne dépende tf eux ; ilsfmt maîtres de 1 a haine envers les hommes , a cause qu ils les estimenttous , f de la peur > à cause que la confiance qu'Us ont en leur vertu, lesasture, fr enfin de la colere , a cause que n estimant que fort peu toutesles choses qui dépendent d'autrui , jamais ils ne donnent tant davantagek leurs ennemis, que de reconnoitre qu ils en font offensés. II semble quesous un si bon maître dc l’humilité naturelle, comme Mr. Descarteslest, nous devons rester satisfaits, d’autanr plus que cette doctrine n’estpoint contraire à la Religion Chrétienne ; mais à parler exactement,je crois que l’on attribue ici à l’humilité, ce qui devoir ctre placé fousle nom & titre de la modestie, qui est opposée directement à l’or-guëil. Voici comme je l’insinuë , m’appuyanc sur l’étymologie de cemot; car humilité vient du mot Latin humilis , qui vient de hutnuthumi la terre, comme qui diroit gisant & couché pat terre, abbattu,humilié; mais je pense qu’il (eroi t encore mieux de comparer ces croistermes ensemble > savoir , l’orguëil suberbe de l’ame , humilité oubassesse d’ame, & la modestie quiseroit le thrônede la raison, laquel-le condamne également une élévation vaine & sens fondement, Sc unentier découragement & bassesse d’ame.
HUMILITÉ Chrétienne n’est pas au nombre des passions.Comme Mr. Descartes a mis l'espece d'humilité, dont nous avons déjaparlé ci-devant; mais c’est la vertu intérieure d’un Chrétien , qui lesanéantit e«x-mêmes devant Dieu , qui leur fait souffrir ses injures »les affronts & les persécutions, sens impatience, & même avec rési-gnation , soumission volontaire Sc sens murmure. L’humilité Chré-tienne est fondée sur la connoissance de se, misères Sc de son néant,qui fait que l’on est vil à ses propres yeux, & que l’on se juge dignede routes sortes d’abhaílsemcns. Voici encore quelques propriétés SCattributs 3e la même humilité , l’amour propre peut compatir avecles auttss vertus ; mais rarement avec l’humilité Chrétienne , puis-qu’clle est rancanciûcment del’amour propre. On est payé des autresvertus par l’admiration qu’elles causent; mais l’humilité obscure L in-connue n’excite point d’applaudilsement. ‘L’humilité évite lesapplaa-dissemens, elle ne se repaît pi dc fumée ni d’encens , elle ne s’oecu-pe gueres de soi, & se rabbàiíse infiniment. Ces caractères distinct!isde rhnmilité Chrétienne > onr faic penser que cette vertu fi nécessaireSc si essentielle étoit profondément ignorée , que les noms mêmesn’-en étoientpas connu‘dans le monde Païen. Cependant il donne oc-casion à penser autrement dans 1 c quatrième livre des Loix, enseignantue ceux qui veulent être heureux, se doivent conformer à la justiceivine avec humilité, & i! se sert du mot Grec tas tines, donr se ser-vent les Écrivains Sacrés , pour marquer celui qui est humble d’esprit td’où Monsieur Dacier conclut contre le sentiment ordinaire, que lesPaïens connoiffoient non-sculcment le nom de la vertu ,qtiè nous ap-pelions humilité ; mais cette vertu méme. 11 y a beaucoup d’appa-rence que l’opinion de Mr. Dacier n’est pas bien fondée ; voici lesconsidérations suivantes, qui rendent ce sentiment fort douteux. 1 .Ce n’est pas une raison suffisante pour croire avec Mr. Da«er, qu*l'humilité Chrétienne étoit connue 9c pratiquée parles Païens, parcs
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