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Tome 1.
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XIV

PREFACE HISTORIQUE.

à jouer, les Dentelles de foie & de fil, la Mercerie, la Quinquaiîlerie, & quantité d’auíres;-Le Nord ne peut se passer de nos Vins , de nos Eaux de Vie, de nos Vinaigres, de nosSels, de nos Prunes sèches, de nos Châtaignes, de nos Noix. Qu’on décide présentementà qui la Cargaison des Vaisseaux frétés pour le Nord, ou pour l’Elpagne, doit être plus ai-sée; ou aux François, qui lans rien emprunter des autres, ont chez eux de quoi faire leurchargement entier; ou aux Anglois & aux Hollandois, qui viennent chercher en Francece qui leur manque, & qui fans ce secours, ieroient obligés d’envoyer leurs Navires àdemi chargés & lans les assortimens propres à ces deux endroits.

II en est à proportion de méme de tous les autres Commerces, pour lesquels les Fran-çois peuvent entrer en concurrence avec leurs voisins.

A l’égard des profits, la preuve en est aussi claire & encore plus courte. Celui qui vendde la lèconde main ne peut faire qu’un gain, tandis que celui qui vend de la première enfait deux. L’Anglois & le Hollandois Ion t dans le premier cas, le François dans le se-cond ; ainsi ceux-là ne peuvent profiter que fur le prix que la marchandise qu’ils vendent auNord, ou en Espagne, leur a couté en France ; & celui-ci ajoute encore à ce profit, celuiqu’il a lait en leur vendant cette même marchandise, pour y envoyer..

Ce n’est point assez. L’avantage des retours est encore tout entier du côté de la France,puisque lorsque ce Ion t les Vaisseaux François qui raportent les marchandises du Nord oude i’Efpagne, ils ôtent aux Etrangers les profits immenses qu’ils ont coutume de faire furnous, quand ce font eux qui apportent jusques dans nos Ports les mêmes marchandises.

On ne peut à ce sujet s’empëcher de marquer quelque chagrin de ne pas avoir établi enFrance cette sage police des Anglois, qui par leur acte de navigation de satinée 1660 .ont ordonné que toutes les marchandises & denrées d’Europe, ne pourroient être appor-tées en Angleterre, & dans les Etats qui en dépendent, par d’autres Vaisseaux que pat ceuxqui fordroìent des Ports des pays où se fabriquent les marchandises, & où croissent lesdenrées, & qu’aucunes marchandises du crú de i’Asie, n’y pourroient non plus erre ame-nées que fur des Vaisseaux Anglois , ou appartenans aux Anglois.

Police certàinement aussi prudente qtféquitable, qui, si eiie avoir lieu parmi nous, en ou-vrant nos Ports aux Etrangers qui nous apporteroient eux-mêmes les marchandises de leurPays, les fermeroient sagement à ceux qui n’ayant rien de leur crú, viennent nous vendrebien cher celles qu’ils raiiemblent de toutes les parties du Monde, & qui fìattam pat-là no-tre paresse, ou peut-être notre vanité, nous ont accoutumé insensiblement à ne recevoirque de leurs mains à un prix excessif, ce qu’ilnous íéroit facile, d’avoir à bien meilleurcompte, si nous voulions feulement nous donner la peine de Palier chercher.

On dira peut-être que la Marine des François n’étant en rien comparable, & étant si in-férieure à celle de leurs voisins avec lesquels on voudroit, ce íèmble, les faire entrer enconcurrence pour un Commerce qui fe fait par la Mer, il n’est guétes probable qu’ils puis-sent jamais y trouver la facilité ni les avantages dont on tâche en vain de les flater.

On tombe d’accord que dans les Etats Maritimes, le Commerce & la Navigation doivent,pour ainsi dire, aller du même pas, qu’il y a une si étroite liaison entre Pan & Panne, quele Négoce est fans force, lorsque la Marine est languissante, & que la foibksse del’un en-traîne nécessairement la chute de l’autre.

Mais outre que nos Ports ne font pas tellement dépourvus de Vaisseaux de guerre, queles Négocians François n’y puissent toujours trouver des Convois & des Escortes pour fa-voriser & assurer leur négoce ; qui doute que même de ce côté, la France, quand ellele voudra, pourra ne le céder à aucune autre Puissance.?

Nos voisins font obligés d’aller chercher au dehors la plupart de ce qui leur est néces-saire pour leur armement ; bois, fer, cordages, voiles, tout leur vient de PEtranger ;au lieu que nos Provinces nous fournissent aisément la meilleure partie de ce dont nous avonsbesoin pour la construction & Péquipement de nos Vaisseaux.

Quelques-unes ont des bois propres pouf faire le corps des Navires; on trouve dans lesmontagnes des autres, de quoi employer à leurs matières ; il y en a plusieurs où les mi-nes de cuivre & de fer peuvent suffire pour fournir nos Atteliers & nos Arsenaux de Ma-rine ; & toutes en générai font si abondantes en lin & en chanvre pour faire des voiles &des cordages, que c’est même de nous que les autres Nations reçoivent la plupart de ceuxqu’ils consomment dans leurs Corderies, ou que leurs Tisserans fabriquent en toiles pro-pres à la voilure de leurs bâtimens.

Nous ne manquons pas non plus ni de victuailles, ni de munitions ; nous sommes mê-me en état d’en faire part aux autres : & pour monter nos vaisseaux de Guerre, & nos Flo-tes marchandes, nous avons plus de soixante .mille Matelots distiibués en cinq classes,dont les rôles fe renouvellent tous les ans, & dontPune est toujours censée engagée, dès

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