<$43 CACHOU.
Cardamome, du bois d’Aloés, du Musc, de f Am-bre & d’autres choses pour ie rendre plus agréable* & plus fíateur. Telle est la composition de quelquesPastilles que l’on prépare dans les Indes, qui l'ontrondes, plates , de la grosseur d’une noix vomique,que les Hollandois aportent en Europe fous le nomde Siri Gata Gamber. Telles sont aussi des Pastillesnoires , qui ont différentes figures, qui font tantôtcomme des pilules, tantôt comme des graines, desflèurs, des fruits, des mouches, des infectes j tan-tôt comme des crotep de souris, ou d’autres chosessemblables -, que les Portugais font dans la Ville deGoa, & que les François méprisent a cause de leurviolente odeur aromatique. Mais comme les Na-tions qui fabriquent ces Pastilles, font fort trom-peuses , il leur arrive souvent d’y mêler du sable,de l’argille ou d’autres corps étrangers, pour enaugmenter le poids & le volume ; de sorte qu’il estrare d’en voir sortir de pures & naturelles de leursmains.
A ce que dessus ajoutons ces observations qu’ontient de Mr. Garcin, célébré Naturaliste.
Tout ce qu’on a dit jufqu’a présent sur la com-position & l’origine de cette drogue des Indes ,n’est que pure fable. Voici des éciaircissemens quiferont connoître suffisamment ce que les DroguistesSc les Médecins en veulent savoir. Le Cachou estcertainement tiré d’un Arbre appellé, dans le paisóù il croît, Catè. C’est une Province du Mogol, ouIndonstan , qu’on nomme Behar , dont Fatna est laVille capitale, qui nous donne cette drogue. CetteProvince, qui est traversée par la fameuse rivièredu Gange, est a 100 lieues plus haut que le Royau-me de Bengale. Le Cachou n’est proprement 'qu’unextrait fait par décoction ; 3t macération des partiesde cet arbre, & rendu solide par l’évaporation. IIy a de deux fortes de Cachou simple, savoir lebrut, & le purifié ou raffiné, qui est un composéfait du Cachou purifié, mêlé avec des aromates,Sc réduit en forme de Tablettes de différentes gran-deurs dont les plus grandes sont comme un écu :Celui-ci est fait pour l’usage des Indiens , qui lemâchent, ou seul, ou mêlé avec le Pinang , qu Are-que. Ce Cachou brut est donc une Marchandise qu’onfait descendre sur le Gange, avec beaucoup d’autresfortes, jusques a Bengale, pour être de fa distribuéedans toutes les Indes, où il s’en consume quantité ,Sc aux Européens , qui en envoyent en Europe, leplus souvent purifié, car on ne íe sert jamais dubrut, ni aux Indes, ni ailleurs. II y a plusieurs de-grés de purification du Cachou, selon l’usage que lesIndiens en veulent faire. H paroit que le purifiéqui vient en Europe ne fest qu’au premier degré.Le prix ordinaire du Cachou brut à Bengale estde ? Roupies le Man, qui fait 68 livres pesant. LaRoupie fait environ z livres monnoie de France :On l’y vend toujours en gros morceaux ou masses.
Le mot de Cachou , est un abrégé de celui de Ca~'téchou ou Catíchu , selon la prononciation Sc la ma-niéré d’écrire des Portugais car dans leur LangueVu a le même son que nôtre 'diphtongue ou j ainsiCachou est François, & Catéchu est Portugais, &ont tous deux la même prononciation par consé-quent. On voit clairement par ces observations, quece mot Catcchou , vient de deux dictions du Païs oùcroit l’Arbre du Cachou, fevoir , de Catê, qui est lenom de cet Arbre , & de Chou ou Chu-, qui veut direle soc , ou l’extrait tiré de la même plante.
L’Tllustre Mr. de Jufjìeu , de l’Académie Royaledes Sciences, & Profeileur en Botanique au JardinRoyal de Paris, a donné une histoire du Cachou , dansles Mémoires de la 'même Académie, année 1720.
II dit dans cette histoire , que le Cachou n’est autrechose qu’un extrait d 'Arec , ou Areque. On y aprendensuite que les observations qui y sont raportées fur|e Cachou, font 'dues la plus grande partie a Mr.
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Albert , Chirurgien Major établi a Pondiclíeri, sorla côte de Coromandel, ( il est mort environ fan1725;. ) lesquelles fe raportoient au sentiment d’iso/-bìgius , cité par D ale , & a celui de Cleyer, II est fâ-cheux , que ce Chirurgien, sur qui l’on devoir com-pter , comme a fait Mr. de Jujfieu , ait si mal observéune chose qui a donné lieu a cette histoire. II est vraique dans quelques endroits des côtes maritimes oùcroît l’Aréquier, cìes Indiens ont imaginé de faireune efpéce d’extrait d’Areque qui imitât le Cachou,d’autant plus, qu'îl a la même qualité astringente,ou à peu près. Cependant on y en fait très peu,soit parce que l e goût est fort différent, soit parcequ’il est plus noir & qu’il ne rend pas beaucoup dematière solide, ce qui le rend aussi cher que le vraiCachou ; d’aUleurs ce faux Cachou ne fe vend ja-mais. J1 est vrai encore, que dans les lieux mariti-mes , il y íi des gens qui purifient le Cachou brutavec une 'infusion ou une légére décoction de F A-reque\ ce qui le fait croire meilleur que celui qu’onpurifie en le dissolvant dans seau commune. La dis-solution du Cachou étant faite, on la passe a traversdes toiles, & on lui redonne la consistance solidedont i’í a besoin, par l’évaporation. C’est dans cettedissolution, lors qu’on le vend, qu’on ajoûte desAromates de différentes espèces, suivant le goût,pour le rendre plus composé Sc plus odorant. Tou-tes ces choies peuvent en avoir imposé k Mr. Albert.
Tour démontrer clairement que le Cachou n’estP?.s fait de l’Aréque, il n’y a qu’a faire attentionaux remarques suivantes. x°. Que dans les pays deî’Arequier, qui font tous maritimes, on n’y fait pointdu vrai Cachou , mais qu’on le fait venir d’ailleurs.2 0 . Qu’a Bengale , quoiqu’assez près de la mer,d’où on le fait venir par des vaisseaux , il n’y croitpoint d’Areque, parce que ce païs est trop septen-trional, l’Arequier ne pouvant guéres venir au dessusde la latitude de 1 $ degrés, a cause qu’il craint lasécheresse & le froid. 3 0 . Que f Areque qu’on por-te a Bengale par mer, pour en faire commerce, s’yvend plus cher que le Cachou brut j & il est rared’y trouver l’un Sc l’autre a un égal prix, savoir de5 ou 6 Roupies le Man. 4 0 . Enfin que le Païs quidonne F Arbre du Cachou , est au 28 , 29 a 30 e de-gré de latitude, de sorte qu’il croît plus au sep-tentrion que l’Arequier, de 300 lieues. C’est pour-tant de la qu’on le tire,' de même que l’Amphiom,pour l’usage de toutes les côtes Sc de toutes les Ilesdes Indes ; Païs qui en consument extrêmement, &où l’on est passionné de mâcher des matières astrin-gentes de différentes espèces & aromatisées, Sc sor-tout avec le Pinang. Peut-être que F Arbre d’où l'ontire le Cachou, est une efpéce d’ Acacia. Garzias l’apris pour une efpéce de Lycium.
Le Cachou est fort estimé en Médecine. Entr’au-tres effets qu’on lui attribue, on croit qu’il arrête latoux, & qu’il fortifie l’estomac ; fans compter qu’iladoucit & rend l’haleine douce, quand après avoirété réduit en poudre impalpable , & mêlé avec deF ambre gris, & des mucilages de gomme adragant,on s’en sert en pastilles. 11 faut choisir le Cachou d’unrouge tané au dessus, d’un rouge clair au dedans ,point brûlé, Sc très luisant.
Kcempfer dit qu’on prépare à OdoXvara, le Ca-téchu parfumé, dont on fait des pilules, de petitesidoles, des fleurs, & plusieurs autres figures qu’on metdans de jolies petites boètes pour les vendre. Lesfemmes l’aiment beaucoup & en font un grand usa-ge , parce qu’il affermit les dents &c. Ce jus épaissiest porté au Japon par les Hollandois & les Chinois ;
Sc après qu’on l’a préparé a Micao, ou a Odowara, 1mêlé avec de l’ambre , du camphre de Bornéo, &d’autres choses, ils le rachètent pour le transporterailleurs.
Le Cachou paye en France les droits d?entréefur lepied de 3 lïv. le cent pesant.
CA-