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Tome 1.
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Les Hollandois négocient aussi de toutes cesespèces de Chues ou Indiennes, dans toutes lesIles de la Sonde & des Molucques , & jusques auJapon. Les Anglois en font autant aux Manilles ,& quelquefois a la Chine.

-f En Novembre 1748. la Compagnie Orientale deHollande a vendu les Chites aux prix fui vans :

Chites Chiabourias larges, 8- a 8 ‘ v flor. la piéce.dito dito Amadabad , ól a 15’ fl.dito dito Surate, a 4 fl.dito dito larges, 1 , 9 S aun. a i2| fl.dito dito larges, y| a | aun. à 3 1 fl.dito dito larges, i§ à i/ 5 aun. a 61 fl.CHOCOLAT, ou CHOCOLATE. Pâtecompo-fée de diverses drogues, dont la principale, & commela base, est l’amande du Cacao.

On appelle auifl Chocolat , le breuvage chaud,noirâtre , & mousseux , qu’on fait avec cettepâte.

Les Espagnols, qui comrtent cette drogue aunombre des dépouilles qifils ont remportées de laconquête du Mexique vers l’ah IÇ20. font les pre-miers des Européens qui en ont usé ; & ce font euxqui l’ont mise en réputation, peut-être autant parintérêt, & pour mieux débiter le Cacao , la Va-nille, l’Achiolt, & les autres drogues que leur four-nissent les Indes Occidentales, & qui entrent dans facomposition; que parce qu’elle a véritablement tou-tes les propriétés extraordinaires dont tous leurs Au-tetfts font de somptueuses énumérations.

Il faut cependant avouer que tout le monde con-vient, fur une expérience presque universelle, quele Chocolat est au moins excellent pour entretenirla chaleur de l’estomac , & pour aider a la diges-tion , quand il est pris avec modération , & avecprécaution.

La maniéré de composer la pâte de Chocolat,dont les Espagnols fe servirent d’abord , fut très sim-ple , & la même que celle des Indiens ; c'est-à-dire ,qu’ils n’y employèrent que le Cacao , le maïs , & lelucre crud qu’ils exprimoient des cannes à sucre, avecun peu d’achiolt, ou rocou, pour lui donner cou-leur.

De ces quatre drogues bien broyées entre deuxpierres , & bien mêlées ensemble, suivant certaineproportion, ces Barbares compofoient une espècede pain , qui leur fervoit également de nourrituresolide, & de boisson, le mangeant sec quand ilsavoient faim , & le délayant dans de seau chaudequand ils fe fentoient pressés de la soif ; l’estimantaussi nourrissant quand ils usoient de la pâte seule ,que désaltérant lorsqu’ils s’en fervoient en breuvage.

C’étoit proprement le breuvage que les Mexi-quains appelloient Chocolate, d’un íeul mot com-posé de deux autres de leur langue, Choco , son, &Alte , ou Atte , eau , comme s’ils eussent voulu dire,Eau rendant un son , à cause du bruit que faifoit Tin—strument de bois dont ils fe fervoient pour agiter& préparer cette liqueur, lorsqu’ils vouloient enboire ; ce qu’on peut encore remarquer quand onmouline le Chocolat pour le délayer, ou le fairemousser.

Les Espagnols, & ensuite toutes les Nations del’Europe, chez qui a passé l’ufage du Chocolat, ontbeaucoup augmenté le nombre des ingre'diens quientrent dans ía composition ; ingrédiens , qui pres-que tous, à la réserve de la Vanille , avec laquel-le on fait le meilleur Chocolat, le gâtent plutôtqu’ils n’en rendent la qualité meilleure.

Voici ce que les Espagnols du Mexique obser-vent présentement pour la composition de leur Cho-colat.

Quand on a tiré des gousses du cacaoyer, les co-ques qui enferment le cacao, & qu’elles ont étéraisonnablement séchées au soleil sur des clayes, onen ôte l’amande, qu’on torréfie , c’est-à-dire, qu’onDiction, de Commerce. Tom. L

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fait rôtir au feu dans des poêles de fer' percées deplusieurs trous. Les amandes en cet étal, fe pèlent,puis se pilent au mortier, & ensuite se broyent surun marbre avec une broyoire aussi de marbre , jus-qu’a ce qu’elles soient réduites en confidence de pâ-te , en y mettant plus ou moins de cassonade, sui-vant qu’on le veut plus ou moins sucré. A mesureque la pâte s’avance, on y met du poivre long, unpeu d’achiolt, & enfin de la vanille. Quelques-uns y ajoutent de la canelle, du girofle , & de Pa-nis ; & ceux qui aiment les parfums, ce qui est ungoût presque général parmi les Espagnols, du musc& de l’ambre gris.

II y a aussi du Chocolat Mexiquain , dans lacomposition duquel il entre des amandes commu-nes & des noisettes ; mais c’est plutôt pour épar-gner le cacao, que pour rendre le Chocolat meil-leur : aussi regarde-t-on celui-ci comme un Choco-lat sophistiqué, dont il n’y a guéres que les pauvresIndiens qui veulent se servir.

Le Chocolat qui se fait en Espagne , est un peudifférent de celui du Mexique ; & outre les droguesdont ce dernier est composé , on y mêle encore dedeux ou trois sortes de fleurs, des gousses de campê-che , & presque toujours des amandes & des noisettes.

La proportion la plus usitée à Madrid, pour lemélange de toutes ces drogues , est de mettre furun cent «flamandes de cacao , deux grains de chilé-,ou poivre du Mexique ; une poignée d’anis ; autantde ces fleurs qu’on nomme en France petites oreilles ;six roses pâles réduites en poudre ; un peu de ma-chufie , une gousse de campêche, deux dragmes decanelle , une douzaine «flamandes communes, & au-tant da noisettes, avec de flachiolt suffisamment pourlui donner une couleur un peu rougeâtre : le sucre& la vanille se mettent a discrétion , aussi-bien quele musc & l’ambre ; y ayant même du Chocolat Espa-gnol où l’on ne met aucun parfum , sur-tout s’il estdestiné pour la France, où bien des gens ne Rac-commodent pas des odeurs sortes. Les Espagnolsbroyent aussi assez souvent leur pâte avec l’eau defleur d’orange ; ce qui lui donne, à ce qu’ils. croy-ent, plus de confidence, & plus de fermeté.

Les Chocolats des Indes , d’Fspagne, de Portu-gal , & de S. Malo, ont long-tems passé pour lesmeilleurs qui fe débitassent en France ; mais depuisqu’on en a fait à Paris , ils ont beaucoup diminué deréputation , & le Chocolat Parisien semble enfinavoir pris le dessus fur celui de Madrid & fur lesautres Chocolats étrangers ; ce qui est arrivé, parle foin qu’ont toujours eu les Epiciers de Paris qui lefont faire, & qui en font le commerce , de n’yemployer que du gros Caraque, qui est le meilleurdes cacaos qui viennent de l’Amérique ; du plusbeau sucre , de la plus excellente canelle , & sur-tout des vanilles récentes, «8e de bonne qualité.

II faut néanmoins avouer, qu’il n’y a point ausside lieu où il s’en fasse de plus mauvais qu’à Paris ,n’y ayant rien de si ordinaire que d’y être affrontéfur cette marchandise, quand, pour en avoir meil-leur marché, on l’achéte des colporteurs qui le dé-bitent dans les maisons, & qui vendent pour Cho-colat , de méchante pâte «flamandes communes, mê-lée de quelque rebut de cacao, de vanille, & desimple cassonade.

La pâte de Chocolat fe dresse ordinairement ouen tablettes rondes & plates, d’une once chacune,ou en billes grosses & courtes, les unes de demi-livre, < 5 t les autres d’une livre. II vient aussi deS. Malo, «Sc de Nantes, des billes du poids de deuxlivres ; mais celles-ci font toutes de Cacao pur, fansmélange d’aucune autre drogue ; en forte que ceuxqui s’en veulent servir, y mettent en les délayantdans l’eau chaude, du sucre , de la vanille, & de lacanelle. Ces billes font plus blanchâtres en dedans,& moins hautes en couleur que les autres.

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