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Tome 1.
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102 j COLLE.

Les Colles les plus ordinaires, dont se servent lesArtisans dans leurs divers ouvrages, font, la Collede farine, la Colle de gants •> la Colle-forte-^ la Colle depoisson , la Colle de parchemin , la Colle de miel , &quelques autres. Voyez les Articles suìvans '

Colle de Farine. La farine la meilleure pourfaire cette Colle, est la farine de seigle. Les Ou-vriers qui s’en fervent., font les Tisserans , pour encoller les trames de leurs toiles ; les Canonniers Col-leurs de feuilles, pour faire leurs canons ; les Selliers,pour nerver leurs ouvrages ; les Relieurs de livrespour coller les couvertures de leurs livres ; les Cor-donniers , les Vitriers > les Imagers, & quantitéd’autres.

-j-La composition de cette Colle se fait en pre-nant une quantité d’eau proportionnée à la quantitéde Colle qu’on veut faire. Cette eau doit être chauf-fée dans un utencile convenable ; & quand elle com-mence a acquérir de la chaleur, on y jette peu apeu la farine, qu’on a foin de brasser continuelle-ment jusques a ce qu’.eile ait acquis une consisten-ce, & une cuisson suffisante. Après quoi i’on s’ensert aux usages indiqués ci-dessus , obíervant de lafaire un peu moins cuire en hiver qu’en été. Cet-te espèce de Colle ne fe conserve que peu de jours,après quoi elle n’est plus propre qu’a être donnéeà manger a la volaille ; cela se connoit en ce qu’ei-le perd, en vieillissant., sa consistence, & par con-séquent sa ténuité.

Colle de Gant.s. C’est de la Colle qui se faitavec des rognures de gants ou de peaux. Este esten usage chez les Imprimeurs , ou Peintres en dé-trempe, auffi-bien que chez les Doreurs, qui audéfaut de celle-ci, fe fervent de Colle de parche-min , de velin, ou d une autre faite avec de lagomme d’Arabie , dissoute dans de l’eau bouillante.

Cette Colle se doit composer en laissant gonflerdans í’eau une livre de ces rognures de gants, qu’onfera bouillir a petit feu, dans douze pintes d’eau,jusques a ce qu’elles soient réduites a deux. II lafaut ensuite palier par un linge. Si elle est un peuferme sous la main après qu'elle est refroidie, elleest bonne. Si l’on veut employer cette Colle h blan-chir quelques ouvrages propres, on la fera chauffer,on y mettra du blanc de Troyes, & on le broye-ra jusques a ce que le tout soit en bouillie ; on lalaissera reposer 7 ou 8 minutes ; après quoi on re-brassera le tout, en y ajoutant de la nouvelle Collepour l’écíaircir & faire les deux premières couchesdes ouvrages. II faut 10 ou 12 couches pour dubois , en observant de ne point passer couche surcouche, que chacune ne soit parfaitement sèche.Six ou sept couches suffisent pour blanchir & collerdu Carton ; Chaque couche doit être séchée a som-bre , & l’ouvragè toujours garanti de la poussière ;on l’unira ensuite avec un pinceau simplement mouil-lé ; on le laissera derechef sécher, pour ensuite luidonner son dernier poli, avec un morceau de toileneuve. Cette dernière préparation unira & poliraparfaitement I’ouvrage, & le mettra en état de con-server la couleur blanche, d’y passer un vernis clair,ou de changer cette couleur en toute autre qu’on dé-sirera, comme il est indiqué a VArticle des Vernis.

Colle-fojrte. La Colle qu’on appelle Colle-forte, est ainsi nommée, parce qu’elle unit & jointplus fortement qu’aucune autre. II feroit difficile demarquer en détail tous les Ouvriers qui fe serventde Colle-forte. Les Menuisiers , Ebénistes - Gai-niers , & autres semblables, font ceux qui en usentdavantage, auffi-bien que les Chapeliers, Relieursde livres, & plusieurs autres ; ce qui produit Je né-goce considérable, & la grande consommation quife fait de cette Colle.

Les meilleures Colles-fortes,qui viennent en Fran-ce , font apportées d’Angleterre, & de Flandre. Cel-les d’Angleterre font les plus estimées.

C O L L E. 1 02S

La Colle d’Angleterre est par feuilles quarrées,d’un verd tirant fur le noir : mais comme elle esttransparente, elle paroît rouge , quand on la re-garde a travers.

La Colle de Flandre est par petites feuilles, min-ces & longues, de la largeur de trois doigts , affi-ne couleur jaunâtre. Cette derniere est ordinaire-ment employée dans les Manufactures de lainages.

II y a quelques endroits de France , sur-tout dansles villes & lieux où il y a des Tanneries , danslesquels font établies des Fabriques de Colle-forte ,dont quelques-unes réussissent assez bien. De cenombre font celles de Chaudes-aigues en Auvergne.On en avoir auffi établi une dans un des Fauxbourgsde Paris, mais qui n’a pas réussi ; moins par le dé-faut des Ouvriers, que parce que celui qui savoirentreprise, ne la put soutenir , faute de fonds assezconsidérables.

La Colle-forte fe fait de la peau de toutes sortesd animaux à quatre pieds, comme bœufs, taureaux,vaches, veaux, moutons, &c. Plus les bêtes fontvieilles , plus la Colle qu’on fait de leur peau, est ex-cellente. On n’employe néanmoins que rarement "des peaux entières , qui peuvent être mises a demeilleurs usages ; mais l’on fe sert de leurs rognures,autrement appellées Orillons quelquefois même laColle-forte ne fe fait qu’avec les pieds & les nerfsdes bœufs.

Auffi comme la Colle faite de peaux, vaut mieuxque celle des rognures , celle - ci vaut mieuxque celle des nerfs & des pieds ; & c’est fansdoute ce qui fait toute la différence des Colles d’An-gleterre & de Flandre, d’avec celles qui se sont jus-qu’ici fabriquées en France ; les Taneurs Anglais& Flamands, qui font eux-mêmes leurs Colles,n’épargnant pas les rognures , qu’ils n’achétentpoint j au lieu que nos Manufacturiers de Col-les , qui ne font point Taneurs, ou n’empioyentpoint, par épargne, la quantité de rognures suf-fisante , ou n’empioyent que les pieds & les nerfs desbœufs.

Quand la Colle se fait de rognures , on les faittremper 2 ou 3 jours dans seau j & après les yavoir suffisamment lavées, on les fait bouillir jus-qu’a ce qu’elles viennent en consistence de forte ge-lée : ensuite on passe cette gelée encore chaude pardes paniers d’osier pour n’y rien laisser d’impur;& asin même de la purifier davantage, on la laissereposer quelque tems ; & quand les ordures, oucorps étrangers, fe font précipités au fond destonneaux où elle a reposé, on la fait fondre ôcbouillir une seconde fois : & loríqu’enfin elle a tou-te fa cuisson , on la verse dans des caisses plates decuivre, ou de bois j d’où étant tirée, quand elle estépaissie, & presque solide, on la coupe par feuil-les avec un fil de fer, ou de leton ; & ensuite onla fait sécher au vent sur des reseaux de ficelles ;après quoi on l’enfile, pour la faire encore mieux sé-cher.

La Colle des piés & des nerfs fe fait de la mêmemaniéré ; avec la feule différence, qu’on désosse,& qu’on dégraisse les pieds , & qu’on ne les metpoint tremper.

La meilleure Colle est toujours la plus ancienne.Elle doit être dure , sèche, transparente, de cou-leur vineuse , sans odeur , & que ses cassures soientunies & luisantes. La plus íûre épreuve, pour ensavoir la bonté , est d’en mettre un morceau 3 ou4 jours dans de l’eau : si la Colle enfle considéra-blement fans fe fondre , & qu’étant tirée de l’eau ,elle reprenne fa première sécheresse , elle est excel-lente.

-j- La meilleure Colle est celle faite des peaux deTaureau, qui est blanchâtre & claire.

-f- Gomme la Colle forte se dissout dans seau, danslaquelle on l’a laissé tremper quelques heures avant

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