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Le Corail blanc n’est différent du rouge que parsa couleur d’un blanc de lait. On le trouve rare-ment dans nos mers : & la plupart des Auteurs, quiont dit qu’il naissoit dans la Méditerranée, ont dé-signé a fa place des espèces de Madrépore, autre-ment dites Antipathes . Le Comte de Marfigli n’a,trouvé aucun Corail blanc dans toutes les pêchesauxquelles il a assisté. M a * s comme on trouve desrameaux de Corail en partie rouges & en partieblancs, ne p eut-on pas conjecturer de la que tout-leCorail irait avec la couleur rouge,& qu’il n’en a pointd’autre que lors qu’il a contracté quelque vice , oulors qu’il est desséché & fans suc, a cause de fa vieil-lesse. Je n’oferois pourtant l’assurer , avant que ce-la ait été confirmé par plusieurs expériences. Ce-pendant M. de Marfigli l’assure des Coraux bruns,jaunâtres ou gris , qu’il croit n’être autre chose quedes plantes de Corail qui ont été arrachées, & quifont restées long-tems dans le limon au fond de lamer. Dioficoride & Galien ne font point mention duCorail blanc; c’est pourquoi il paroit qu’ils ne le con-noissoient pas.
On doute si l’on trouve de vrai Corail noir ; savoir,une substance pierreuse, dure , dense , d’un noirbrillant, & semblable au marbre noir. Du moins,je n’en ai point trouvé dans les Êoutiques, ni dansles Cabinets d’Histoire naturelle. Tous les rameauxque l’on y montre fous le nom de Corail noir, nefont autre chose que des troncs, ou de$ rameauxd’une plante marine qui s’appelle Lithophyton , ouAntipathes , dont la substance est comme de la corne,compacte, -dure , difficile a rompre, & couverted’une écorce fibreuse & qui ressemble souvent auTartre. On le distingue facilement du Corail, par-ce qu’il brûle au feu de la même maniéré que la cor-ne , & répand une odeur qui lui ressemble ; ce quene font pas les Coraux.
On trouve très souvent dans les Boutiques, fous1e nom de Corail blatte, des espèces deMadrepores,quifont des plantes maritimes presque comme de la pier-re, blanches, divisées en rameaux, lesquelles ap-prochent fort du Corail, duquel elles différent ce-pendant , en ce qu’elles font percées de trous, qu’el-les font creuses en dedans, & qu’elles croissent fansécorce. Le Comte de Marfigli , dans son Histoire Phy-sique de la Mer, décrit ainsi f efpéce de Madrépore quife trouve le plus souvent dans les Boutiques. Elle estcreuse en dedans, & partagée en différentes petitesloges ou chambres séparées par plusieurs petites cloi-sons mitoyennes, transversales. Chaque chambrefe partage en sept autres cellules par d’autres cloisonslongitudinales : enfin l’extrémité des rameaux re-présente une petite coupe concave , radiée & percéede petits trous tout autour. Elle paroit pleine d’unsuc laiteux, gluant, lorfqu’elle est nouvellement tiréede la mer.
-j- Quoique cet Article du Corail soit deja bien long,nous ne pouvons cependant nous dispenser dyajouter le Mémoire suivant , qui est de Mr.(larcin, ct qui le Public est redevable de quantitédé Observations curieuses répandues dans ce Dic-tionnaire.
Les Anciens ont toûjours mis le Corail au nom-bre des Plantes marines , à cause de fa figurebranchue & fort semblable a celle des végétaux. LesModernes, après bien des recherches, ont établicette opinion plus fortement que jamais , commenous venons de le voir. Le Comte de Marfigli eù. ledernier qui ait fait le plus d’observation s pour s’assurerque le Corail est une véritable plante. II ne man-quoit plus pour s’en convaincre que d’en découvrirles fleurs & les semences. II s’appliqua pour cet effet,au commencement de ce siécle & pendant plus de 25ans, a en faire les recherches a grands fraix & avecdes peines infinies. Son examm laborieux fe fit de
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toutes les manières fur l’eau aux environs de Mar-seille , pour connoître le fond de la Mer Méditerra-née en plusieurs endroits , & la pêche du Corailqu’on y fait. II a crû enfin , après bien des travauxque lui suggérois son zélé , d’avoir attrapé la natu-re sur le fait, en observant cette prétendue plantemarine a mesure qu’on la pêchoit, & d’avoir décou-vert le premier ses fleurs très distinctement & d’unemaniéré très parfaite. II en a donné la figure & ladescription dans son Histoire physique de la Mer, qu’il acomposée a cette occasion, & publiée en 172;. infolio.
Cette découverte charma le plus grand nombredes Savans , & fur-tout les Naturalistes. Mr. Boer-haave , le plus illustre des Médecins, & grand amidu feu Comte de Marfigli , en fut pénétré d’admira-tion. Les Madrépores, qui font d’un grand nombred’espèces , ont été regardées généralement auffipour des Plantes marines, dont la nature aprochebeaucoup de celle du Corail, quoique leur substance,tant des unes que des autres, soit auffi dure quecelle des pierres.
Depuis les observations de ce Comte , on en afait d’autres plus heureuses, qui renversent entière-ment fa dé couverte, si favorable a l’opinion généra-lement reçûe, que les Coraux & les Madréporesfont du nombre des Végétaux. Mr. Peyjfonel Mé-decin de Marseille, qui avoit été présent aux recher-ches de ce savant Italien , & qui crut d’abord com-me lui, que le Corail donnoit des fleurs , entreprità nouveaux fraix d’examiner avec plus d’exactitudece fait, fur les lieux de la pêche du Corail qu’onpratique fur-tout près des Cotes d’Afrique. Il vitplus clairement alors , que ce qu’ils avoient pris pourses fleurs, étoit une forte d’infecte du genre des Or-ties de mer , reconnues aujourd’hui pour des Poly-pes. Cet insecte marin bâtit son domicile avec unematière liquide qui se pétrifie en forme de croûte ,fous laquelle se forme le Corail.
Cette croûte, qu’on avoit toûjours prise pour l’é-corce de cette prétendue plante , renferme au dedansde petites cellules élevées en dehors comme desmammelons , que des Polypes de cette efpéce ontfaçonnées pour s’y nicher & y habiter tout-à-fait.Ces cellules ou mammelons, font ouverts par depetits trous ou de grands pores qui fervent de fenê-tres a ces petits animaux, pour y allonger leurs tê-tes en dehors, afin de puiser leur nourriture qui flot-te imperceptiblement dans l’eau de la Mer. ChaquePolype de cette efpéce, a des pattes ou bras, quis’étendent en rond autour de fa tête, comme les pé-tales d’une fleur. C’est ce qui en a imposé, commeon vient de voir , a Mr. de Marfigli. Ces petits ani-maux , qui fe meuvent d’ordinaire très lentement,sortent, & rentrent leurs têtes, & même la moitié deleurs corps, doucement par les trous des mamme-lons suivant leurs besoins. La moindre chose quiles touche , ou qui les incommode, & fur-tout lorf-qu’on fort de l’eau la piéce de Corail qui les loge ,ils rentrent dans leurs cellules , plus ou moins, aproportion qu’ils craignent les causes étrangères , oule danger. Mr. de Marfigli , qui les a pris pour desfleurs , a observé leurs entrées & leurs sorties, enôtant, & en replongeant le Corail frais & entier,dans l’eau de la mer ; ce qui lui fit croire que ces pré-tendues fleurs avoient cette propriété particulièrede paroitre & de fe cacher, suivant que les impres-sions de Pair leurs étoient nuisibles ou favorables.
Mr. Bernard de Jujfieu , Professeur en Botaniquedans le Jardin Royal des Plantes de Paris, & de l'A-cadémie Royale des Sciences, fut en 1742. aux Cô-tes de Normandie,pour observer fur des Madrépores,si analogues au Corail, le phénomène découvert parMr. Peyjfonel. II fut convaincu, en présence de di-vers curieux, que ces productions marines, de natu-re pierreuse, & de différentes espèces, étoient l’ou-vragé