Band 
Tome 2.
JPEG-Download
 

5>03 INDES.

Le Conseii de Madrid a une autorité presque ab-solue dans les affaires des Indes ; c’est lui qui con-noit avec le Roi de tout ce qui regarde la naviga-tion , la paix , la guerre, auffi-bien que de toutesìes causes civiles & criminelles de cette vaste partiede la Monarchie d’Espagne.

II propose les sujets pour remplir les Viceroyautés,les Gouvernemens, les Emplois, les Magistratures,les Bénéfices vacans ; enfin de toutes les places dontS. M. Cath. a coutume de disposer.

C’est ce Conseil qui fait rendre compte a tous lesOfficiers a leur retour en Espagne, après que le temsde leur administration est fini ; qui nomme les Offi-ciers subalternes des Galions & de la Fiote; quiaccorde les congés soit pour les navires de registre ,soit pour les autres qui font le commerce des Indesfous l’escorte des grands convois ; enfin c’est ce Con-seil qui reçoit les avances qui se sont au Roi d’Espa-gne pour obtenir la liberté de ce négoce , & qui auretour des Galions & de la Fiote régie & reçoit l’in-dult qui se léve sur les effets & marchandises qu’ilsrapportent des Indes.

Le Conseil des Indes est comnosé d’un grandChancelier, d’un Président , de huit Conseillers ,quatre de robe & quatre d’épée, d’un Vice-Chance-lier , d’un Fiscal ou Procureur Général, d’un Al-guasil m ay or , de deux Secretaires qui ont cha-cun douze Commis , de deux A gens du Fiscal , dequatre Contadores ou Trésoriers , & de cinq Ra-porteurs.

O11 compte encore au nombre des Officiers subal-ternes un Historiographe , un Géographe, ûn Cha-pelain , un Sacristain, un Avocat & un Procureurdes Pauvres, dix Portiers, un Ecrivain & un Con-seiller de la Contractation clç Seville. Ce dernier estchargé de ramasser & de garder les Ordonnances &les Loix concernant le gouvernement & le commer-ce des Indes.

Le Conseil des Indes fut établi eniju. mais ilne reçut fa derniere perfection qu’en 1Ç24. lorsqueCharles V ajouta a tous ses autres privilèges déjasi grands, celui de connoîtredes choses qui concer-nent la Religion.

La Contractation de Seville est composée d’unPrésident & de huit Juges ou Conseillers, dont qua-tre sont de robe & quatre d’épée ; ceux de robe sontpréposes a l’adminijstration de la Justice , & ceuxd’épée a ce qui regarde l’armement des Fiotes & desGalions.

En général ce Tribunal prend connoissance detoutes les affaires qui arrivent au sujet du com-merce des Indes, & veille a ce que les droits du Roine soient point fraudés, soit au départ, soit auretour de la Fiote & des Galions; mais il y a ap-pel de ses Sentences au Conseil souverain établi àMadrid.

Autrefois les Marchands étoient obligés de faireenregistrer à Seville toutes les marchandises embar-quées pour les Indes ; présentement l’enregistre-ment se fait h Cadix , tuais seulement dans le temsmarqué par les Officiers de la Contractation de Se-ville , a peine de confiscation des marchandises &effets non déclarés & enregistrés pendant le termesixé.

Pour veiller a cet enregistrement & empêcherla fraude & les contraventions, le Président & qua-tre Conseillers de la Contractation se rendent h Ca-dix dans le tems de rembarquement , (k mettentdes Gardes aux portes de la Ville & fur les Ga-lions : mais cette précaution devient inutile, nonseulement par l’adreffe • des Marchands Espagnols& étrangers, qui ont mille inventions pour frau-der les droits, mais encore par la connivence desGardes & des Officiers mêmes qui sont toujoursdisposés a les favoriser. II est vrai que la Contrac-tation , pour prévenir les fraudes ou les découvrir,

INDES. 904

a coutume d’envoyer aux Indes les registres de Ca-dix , & de faire venir a Cadix ceux des Indes, cequi n’opére pas grand’ chose, les Officiers des Indesn’étant pas plus fidèles que ceux d’Espagne , & lesMarchands y trouvant une égale facilité pour cettecontrebande.

Comme par les Ordonnances du Roi d’Espagneil est défendu aux Capitaines des Galions ou vais-seaux de guerre des Ilotes destinées pour les Indes,décharger aucune marchandise fur leurs bords pourleur compte , ce sont auffi les Officiers de la Con-tractation qui vont les visiter en personne; maiscette visite est aussi infructueuse que leurs autresprécautions ; ces Messieurs , ainsi qu’ils en sontsoupçonnés , ne visitant point les endroits où ilspourroient trouver ces marchandises embarquéesen fraude.

C’est encore la Contractation de Seville qui prendsoin au retour des Fiotes, que les droits du Roine soient point fraudés, mais a ce qu’on dit avecle même succès qu’au départ, à cause des grandsgains que les Officiers peuvent faire fur des vais-seaux si richement chargés, & dont les retours sontau moins pour les Galions de 3 millions d’écus enor, & de 20 miilions d’écus en argent ;& pour laFiote , d’environ un million d’écus en or , & pour10 ou ï 2 millions auffi d’écus en argent, outrequantité de riches marchandises, comme perles,émeraudes, ametistes, laines de vigogne , quin-quina, cuirs, bois de campêche , cochenille, in-digo , &c. qui montent encore a plusieurs millionsd’écus.

Lorsque les Galions 011 la Fiote arrivent à Ca-dix , le Président & quatre Juges de la Contracta-tion de Seville vont a bord de l’Amiral, où ilsfont publier de nouvelles défenses sous peine de lavie d’en sortir ni d’en débarquer aucunes choses.

Après cette publication le Président reste fur leGalion Amiral , & envoye les quatre Juges furles quatre Galions qu’on estime être le plus riche-ment chargés, mettant auffi des Officiers de con-fiance fur chacun des autres vaisseaux qui arriventdes Indes, fur lequel auffi on fait de pareilles pu-blications.

Toutes ces précautions fe prennent pour assurerle payement des droits du Roi, qui font de six pourcent fur l’or, l’argent & les pierreries, & de huitpour cent fur le reste ; mais il est certain que lesdéclarations des effets chargés fur les Galions & furla Fiote , ne vont jamais a plus de la moitié de cequ’ils contiennent, fur-tout pour l’or & l’argentnon monnoyés , qui , lorfqu’ils font déclarés, doi-vent être portés à la monnoie, le reste entranten fraude a Cadix, ou étant embarqué de bord-à-bord pendant la nuit, particulièrement pour leseffets que les Capitaines & autres Officiers rap-portent pour leur compte, a cause que s’ils étoienttrouvés , ils ne manqueroient pas d’être confis-qués.

II paroit indubitable que le Conseil d’Espagneest instruit de cette conduite des Officiers de laContractation de Seville , ou du moins qu’il lasoupçonne , mais qu’il la dissimule par politique,sachant bien le moyen de s’en dédommager enpartie.

En effet les induits que le Conseil des Indes inetfur les Galions & fur la Fiote, soit à leur départde Cadix, soit à leur arrivée aux Indes, ou lorf-qn’ils reviennent en Espagne, ne sont pas de mé-diocre dédommagement, le Roi d’Espagne rece-vant au départ des Galions de Cadix 400000 écus « 5 c200000 pour la Fiote ; autant quand ils arrivent auxIndes, & encore beaucoup plus a leur retour à Ca-dix ; ce dernier induit étant réglé ou fur la richessequ’ils rapportent des Indes, ou sor les besoins del’Etat, y en ayant eu dans les derniers tems qui

ont