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Tome 2.
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? 7 i LAINE.

<ie Tanimal, & qu’elle n’a point été séparée ni triéesuivant ses différentes espèces, on lui donne le nomde Toison ; & c’est en cet état que ceux qui font lenégoce des Laines les achètent des Laboureurs &Fermiers.

Chaque Toison est composée de plusieurs qua-lités de Laine, qu’on a foin de trier & séparer sui-vant les différens usages a quoi elles font propres.

Ceux qui font le négoce des Laines en France ti-rent ordinairement de chaque toison trois sortes deLaines ; t°. la Mére-Laine, qui est celle de dessusle dos & du col ; 2°. ta Laine des queues & descuisses ; & 3°. celle de la gorge, de dessous leventre & des autres endroits du corps.

Celle qu’on appelle Croton ou Crotin pourroit enfaire comme une quatrième espèce; mais elieest simauvaise qu’on ne la compte presque pour rien.Le nom qu’on lui donne vient des crotes & excré-mens des moutons qui s’y font attachés, & qui lagâtent tellement qu’elle n’est que le rebut de laLaine.

Pour tirer des toisons une plus grande quantité«de Laine fine , on s’est avisé de séparer le cœur desLaines de la seconde & de la troisième qualité, c’est-à-dire , la Laine qui est au centre de chaque floconde la toison. Il seroit a souhaiter qu’on pût empê-cher cette séparation du cœur des Laines, qui estpernicieuse & abusive. ( Tout ce qui est .auni, dé-chiré & altéré, est mis au rebut, & s’employe dansquelques étoffes fort grossières. )

Les Espagnols font à peu près le même triageque les François, & nomment ces trois qualités deLaine la Prime , la Seconde & la Tierce , avec cettedifférence qu’en Espagne ces trois sortes de Lainesne se vendent qu’ensembìe , pour n’avoir point demauvais restes, & que les François les vendent,ou les achètent en détail ou séparément, suivant i’u-sage qu’ils en veulent faire, & les Manufactures oùils les veulent employer. La Prime de Ségovie estincontestablement ce qu’il y a de plus pariait en cegenre.

La Mérè-Laine est encore de deux sortes , qu’ondistingue par les noms de Laine fine & moyenne-, oude haute & basse Laine, & cela selon que ies toisonsfont courtes A fines, longues ou grossières. .

La Laine, avant que d’être en état d’être em-ployée, pâlie par bien des mains. Après que le Ton-deur l’a coupée, on la lave , puis on la rai t sécher ;elle est ensuite épluchée & battue; après on y metl’huile, & quand elle a été cardée & filée, on la tra-vaillé, ou fur le métier ou à l’aiguille.

-J- Les moutons ne réussissent point, comme lesgrands troupeaux, dans les gras pâturages ; la tropgrande abondance d’herbes, qu’ils digèrent mal, leurcause des maladies mortelles. La fange & l’humiditédes terres fortes les pourrit. Ils se plaisent au con-traire dans les Pays secs. Leur santé y est plus éga-le. Le thim, le serpolet, la lavande, & cent au-tres herbes odoriférantes, donnent une saveur plusparfaite à leur chair. La Laine de ces troupeaux esttoujours plus nette, plus fine & de meilleur débit.

-f Par un calcul souvent réitéré en différens pays,on trouve d’une maniéré assez uniforme, que le pro-fit d’une brebis est d’un écu par an, & peut de temsen tems monter à quelque chose de plus. Ce profitest fondé principalement sur la tonte de la Laine quise fait tous les ans au mois de Mai, lorsqu’ il n’y aplus de froid ’a craindre.

Le commerce des Laines est très considérable enEurope , & la France en consomme une si grandequantité dans ses Manufadtures depuis les dernièresguerres, que malgré l’abondance qu’il s’en trouvedans la plupart des Provinces du Royaume, elle estobligée d’avoir recours à ses voisins, Ôz d’en tirerbeaucoup des Pays étrangers.

Les Laines Françoises- viennent le plus ordinaire-

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ment & le plus abondamment du Languedoc, duBerry, de la Normandie & de la Bourgogne ; la Pi-cardie, la Champagne & d’autres de nos Provincesen fournissent aussi , mais de moindre qualité & enmoindre quantité.

Les Laines étrangères font tirées d’Espagne , dePortugal, d’Angleterre , d’Ecosse, d’Iriande & deHollande. II envient aussi du Levant par la voiede Marseille, qui se tirent de Constantinople, deSmyrne , d’Alexandrie, d’Alep , de Chypre , de laMorée & de Barbarie ; ces dernières font peu esti-mées : Smyrne & Constantinople fournissent les meil-leures qui viennent du Levant.

Outre les lieux d’où l’on tire les Laines dont on aparlé ci-dessus, les François, particulièrement lesProvençaux, en apportent une assez grande quan-tité de l’Ifle de Candie. Ces Laines , ainsi que tou-tes les autres qui viennent de la Gréce, & des Iflesde l’Archipel, font d’une assez médiocre qualité,& ne peuvent guéres servir qu’à la fabrique de quel-ques étoffes assez grossières ou aux lisières des étof-fes fines : on en fait aussi des matelas.

Laines de France.

Les Laines de France fe vendent ordinairementpar ies Fermiers & par les Laboureurs en toison,ik tout en í'uin, ou comme disent les bas-Nor-mans, en Juif , c’est-à-dire, fans avoir été lavéesde la graisse qui est dessus. En quelques autres en-droits ces sortes de Laines grasses fe nomment Lai~nés Jurges .

Ceux qui ies achetent ainsi de la première mainavec leur luis, les font laver pour en faire ensuitele triage, ou pour les vendre en toisons, fans autresapr.ti que de les avoir lavées. Quand les Lainesont été tnees, alors elles ne se vendent plus qu’atipoids.

Les habiles Fabriquans croyent qu’il y a plus d’a-vantage à acheter les Laines toutes triées qu’en toi-sons; ies Marchands de laines ayant coutume deles farder en roulant le plus fin par dessus, & ren-fermant en dedans le plus mauvais.

Les meilleures Laines de France font celles debasse Normandie , & entr’autres celles de Valogne :celles du Cotantin font presque autant estimées ,quoique de moindre qualité ; mais celles des envi-rons du Ponte-Audemer, Ville située entre Rouen& Caen, ne font comparables ni aux unes ni auxautres, étant très grossières ; aussi ne s’en fabrique-t-ii que des frocs de Lizieux & de Bernai, ou desserges de Fadaise , qui font des étoffes très commu-nes, tandis que les Laines de Valogne ou de Cou-tance s'employent en draps de Valogue, de Cher-bourg , de Vire, & en serges tant finettes que ra-zes, de S. Lo & de Caen , toutes étoffes qui se tra-vaillent en fin.

Les Laines de Berry entrent aussi dans la fabri-que des draps de Valogne & de Vire, & c’est aussiavec ces Laines qu’on fait les draps qui portent lenom de Draps de Berry, aussi-bien que les droguetsd’Amboise, en y mêlant un peu de celles d’Espa-gne.

Le Pays de Caux fournit des Laines propres auxpinchinats , & aux serges cordelières, & particuliè-rement pour les draps d’Usseau ; on en fait aussi desfrocs de Bolbec & des serges de Fescamp.

Pour les Laines de Champagne, outre quelquespinchinats & couvertures qu’on en fait, elles nefervent qu’aux chaînes des petites marchandises deRheims & d’Amiens.

Les Laines propres à la tapisserie se filent à Ab-beville & aux environs, ou k Roziéres auprès d’A-miens, par des Fileurs qui fe nomment Houpiers.Elles se vendent au poids par paquets de cinq livres,& font teintes pour la plûpart k Paris par les Tein-turiers en fil, laine & foie ; les Fileurs de Rozié«

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