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Tome premier.
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xviii Observations sur l-Art

de la plume. Un ami est toujours bien aisede voir qu’on l’estime assez, pour ne lui rienécrire que ce qui est digne de lui & que cequi peut lui être utile ou agréable.

II ne faut être ni avare, ni prodigue de sesConseils : mais il est bon de les donner avecquelque ménagement. Si l'amitié ne permetpas de les refuser à un ami qui en a besoin,elle veut qu’on juge de lui favorablement &qu’on lui croye assez d’elprít pour se gouver-ner soi-même. 11 y a des occasions où l’onpeut passer fur ce scrupule, comme lors qu’iis’agit d’une chose très-importante & dont notreami n’est pas à portée de connoître auffi - bienque nous toutes les conséquences.

Je voudrois qu’en écrivant à son meilleurami, on s’abstint de faire de mauvais contescontre Phonneur des filles ou des femmes en.particulier; & que l’on renonqât à ces raille-ries sanglantes qui flétrissent la réputation d’unhomme que l’on n’aime pas. Le tort quefont ces Ecritures scandaleuses est presquetoujours irréparable ; & il arrive souvent qu’ilen conte cher à celui qui croyoit déposer lessecrets de son cœur entre les mains d’un amidiscret. Plus la plaisanterie est maligne &ingénieuse, moins l’ami peut se résoudre à labrûler. L’exil du célèbre St. Evremond estun bel exemple de futilité de cet avis.

La prudence nous dit auílì de ne point écri-re , même à nos meilleurs amis, lans uneextrême nécessité, des choses dont ils puissentfe servir contre nous, si nous venions a perdreleur amitié, par leur faute ou par la nôtre.Le manque de précaution fur ce danger per-dit le Comte de Bussi Rabutin.

11 seroit inutile d’avertir qu’il sied mal deplacer dans une Lettre ces jureniens, qui font

condam-