XX Observations sur i/Art
Il n’est point rare que l’on soit obligé d’é-crire à quelqu’un sans savoir que lui dire. Onbâtit une Lettre où sont prodiguez les motsd’estime, d’attachement, &c. qui ne signifientpresque plus rien dans ces occasions , & l’onfinit par des offres de services. C’eít un usagetrès-déraisonnable , mais il est établi. Que fai-re ? II faut s’en prendre à Pimportune oisive,té de certaines gens qui n’ayant point assez devéritables occupations , passent toutes les ma-tinées des jours de Poste à écrire au tiers ouau quart, seulement afin de s’amuser & depasser pour gens à correspondance. Ils vousmandent quelque bagatelle. ( Que répondre ?
Un homme qui avoit été Secretaire d’uagrand Seigneur se plaignoit que son Maîtrelui donnoit souvent des Lettres pour y faireRéponse, sans lui dire un seul mot de cequ’il falloit mander. Un jour qu’il lui deman.doit ce qu’il écriroit à un Baron dont il tenoitla Lettre: Tout ce que vous voudrez, dit ceSeigneur, écrivez -lui que je suis son Serviteur .Voilà dequoí dire de belles choies! Le Secre-taire ajoutoit qu’il dressa un verbiage qui íèm-bloit signifier quelque chose & qui au fondn’étoit qu’un Galimatias harmonieux. Maisle Baron qui n’avoit écrit que pour avoir uneRéponse, fut charmé de celle-là. Quand ilvient de ces corvées > il faut s’en tirer commel’on peut; & il est pardonnable de payer deparoles obligeantes ceux qui ne demandentqu’une signature qu’ils puissent montrer.
Je ne parle donc ici que des Lettres deCompliment qui ont un sujet réel. C’est danscelles-là qu’il est permis d’être éloquent, maisfans affectation. Leur perfection consiste dansun tour gracieux qui adoucisse l’encens tropfort des louanges directes ; dans un certain
air de