Lettres Passionnées, ros
vous souffert que je fusse réduite en l’état où jeme trouve ? Vous saviez que vous ne feriez pastoujours en ce Païs-ci ; & pourquoi m’y avezvous choisie pour me rendre malheureuse ?Vous y eussiez trouvé quelque femme qui eûtété plus belle, avec qui vous auriez eu degrossiers plaisirs, qui vous eût aimé tandisqu’elle vous eût vû ; que le tems eût consoléede votre absence, & quC vous auriez pûquitter fans dureté , & fans perfidie. Votreprocédé est plus d’un Tyran attaché à persé-cuter , que d’un Amant qui ne doit penserqu’à plaire. Pourquoi exercer tant de cruau-té sur un cœur qui est à vous ? Vous êtesaussi facile à vous laisser persuader contre moi,que je l’ai été à me laisser persuader en vo-tre faveur. J’aurois résisté, fans avoir besoinde tout mon amour, à de plus fortes raisonsque ne peuvent être celles qui vous ont portéà m’abandonner. Elles m’auroient sembléfoibles, & il n’y en a point qui eu fientpû m’arracher d’auprès de vous. Mais vousavez voulu profiter du prétexte de vous enretourner. Un Vaisseau partoit, que ne le lais-siez vous partir ? Votre Famille vous avoitécrit, ne íavez-vous pas les persécutions quej’ai souffertes de la mienne ? Votre honneurvous engageoit à me quitter, ai-je pris quel-que foin du mien? Vous étiez obligé d’allerservir votre Roi ; si tout ce qu’on dit de lui,est vrai, il n’a pas besoin de vous. J’eusseété trop heureuse, si nous avions passé notrevie ensemble Néanmoins, puisqu’il faloitqu’une absence cruelle nous séparât, je doisêtre bien aise de n’avoir point été infidèle,& je ne voudrois pas , pour quoi que ce fût,avoir commis une action si noire. Quoi ! Vousavez connu le fond de mon cœur, & vousE ; avez