Lettres Passionnées. 113
ïiï guéries, ni effacées ; que toutes les pas-sions qui s’offrent à son secours, & qui fontdes efforts pour le remplir, -lui promettentvainement une sensibilité [qu’il ne retrouveplus ; que tous les plaisirs qu’il cherche, fansaucune envie de les rencontrer, ne serventqu’à lui faire voir, que rien ne lui est ficherque le souvenir de ses douleurs. i Pourquoim’avez-vous fait connoître le désagrément d’u-ne passion qui ne doit pas toujours durer ; &les désordres qui suivent un amour violent,lors qu’il n’est point réciproque. Cruel !Pourquoi me rendre malheureuse pàr votrefuite t Ne l’étois-je pas assez, en vous vo-yant tous les jours. Je mourois de frayeurque vous ne me fussiez pas fidelle. Je vou-lois vous voir à tous momens, & cela étoitimpossible. J’étois troublée par le péril quevous couriez en venant me voir, je ne vi-vois pas lorsque vous étiez à l’Armée : j’étoisau désespoir de n’étre pas plus belle, & plusdigne de vous. Je murmurois contre la mé-diocrité de ma condition : je croyois que rat-tachement que vous paraissiez avoir pour moi,vous pourrait faire quelque tort : il me sem-bloit que je ne vous aimois pas assez. J’ap-préhendois pour vous la colère de mes pa-ïens , j’étois dans un état aussi pitoyable,que celui où je fuis. Si vous m’eussiez don-né quelques témoignages de votre passion de-puis que vous n’êtes plus en ce Pais , j’auroisfait tous mes efforts pour en sortir. Je mefusse déguisée pour vous aller trouver. Hé-las! Que ferais je devenue , si vous ne vousfussiez plus soucié de moi, après que j’eusieété en vos quartiers! Quel désordre, & quelcomble de honte ! Je vous ai aimé commeune insensée , & vous n’en avez aucun res-sentiment.