Lettres Passionnées. n-ç
ffe vous pouvoir reprocher vos injustes procé-dez après que je ne serai plus si vivementtouchée ! Je vous ferai connoître que je vousméprise; que je parle avec indifférence devotre trahison ; & que je ne me souviens devous, que quand je veux. Je demeure d’ac-cord, que vous avez de grands avantagesfur moi, & que vous m’avez donné une pas-sion qui m’a fait perdre le sens. Vous endevez tirer peu de vanité. J’étois jeune ;j’étois crédule ; on m’avoit depuis mon en-fance enfermée dans un lieu éloigné dumonde. Je n’avois víj que des gens desa-
E éables, & je n’avois jamais entendu lesuanges que vous me donniez lans cesse. 11me fembloit que je vous devois les charmes& la beauté que vous me trouviez, & dontvous me faisiez appercevoir. J’entendois di-re du bien de vous; tout le monde me par-loit en votre faveur. Vous faisiez tout cequ’il faloit pour me donner de l'amour. Maisje fuis revenue de cet enchantement, je neretomberai plus dans mes foiblesses. Ah!Qu’elles me coûtent cher, & que j’auroisété heureuse; si vous aviez voulu souffrirque je vous eusse toûjours aimé ! Je connoisque je fuis encore trop occupée de mes re-proches & de votre infidélité. Néanmoinssouvenez-vous que je me fuis promise unétat tranquile , & que j’y parviendrai, ouque je prendrai contre moi quelque résolutionextrême. Je suis folle de vous redire si sou-vent les mêmes choses. Adieu, il faut nousquitter, & ne penser plus à vous.
A MON-