deMorale. €7
Les Charités font brunettes,
Et bruns Venus a les yeux sdit un de nos anciens Poètes : & quelqu’au-tre ;
Ne vous plaignez point d’ètre brune,
Les Grâces le font comme vous.
Encore ce vers du Tasse n’y vient pas mal:
É bruna , Ji , mal brun il bel non to-glìe.
Un excellent Peintre fit un Tableau deVenus, & comme il y employa sept ans,c’étoit quelque chose de rare. Apelle consi-dérant cet ouvrage, s’écria , Voilà un grandchef-d’œuvre i mais les Grâces lui manquent.C’est, Madame, que dans ce Portrait il yavoit force beautez d’éclat, & bien peu deces autres qu’on entend fous le nom de Grâ-ces. Ainsi , il est vrai qu’il y a des beau-tez dont le monde s’apperqoit à la premiè-re vûe; & qu’il y en a d’autres qu’on neremarque pas si aisément. Si une femmea beaucoup de ces beautez brillantes, &qu’elle n’ait point de celles qui font peu envûe j on dira qu’elle est belle ; mais peu degens I’aimeront. Que si on lui trouve ungrand nombre de ces beautez qui éclatent,& de ces autres qui fe cachent comme fousun voile , on dira qu’elle plaît, & qu’elleest belle. C’est l’idée qu’Homére me donned’Héléne, & l’Arioste d’Angélique : mais siune Dame est comblée , d’une maniéré ex-quise , de ces beautez secrètes ; & qu’elle
n’ait que le moins qu’il fe peut de ces au-tres qui fe montrent toujours ; elle surpasse-ra la Venus d’Apellc , & ceux qui auront leplus de goût, en feront le plus enchantez.Telle parut autrefois l’aimable Princesse d’E-
gypte,