V
Relations. 233
Car quoi qu’eUe ait l'amc ajsez tendrePour tout ce qu’eíle auroit chéri ,
On auroit peine à la surprendreSur le Tombeau de sou Mari.
Avignon nous avoit paru si beau, que nousvoulumes y demeurer deux jours pour l’exa-miner plus à loisir. Un soir que nous pre-nions le frais fur le bord du Rhône par unbeau clair de Lune, nous rencontrâmes unhomme qui se promenois, qui nous sembloitavoir de l’air du Sieur d’AíTouci. Son man-teau qu'il portoit sur le nez, empêchoit qu’onne le pût voir au visage. Nous prîmes danscette incertitude, la liberté de l’accoster, &de lui demander :
EJl-ce vous Monsieur £Ajsouci ?
Oui, c'est moi, Mejsteurs , me voici,
W ayant plus pour tout équipage,
Que -mes vers, mon luth est mon page.Vous me voyez fur le pavéEn désordre, mal propre U sale.
Aussi je me suis esquivé,
Sans emporter paquet , ni maletMais enfin me voilà sauvé,
Car je suis en Terre Papale.
II avoit effectivement avec lui le même Pa-ge que nous lui avions vû, lors qu’il se sau-va de Montpellier, & que l’obscuríté nousavoit empêché de discerner. II nous prit en-vie de lavoir au vrai ce que c’étoit que cepetit garçon, & quelle belle qualité l’obli-gcoit à le mener avec lui. Nous le question-nâmes donc assez malicieusement, lui disant,
Ce petit Garçon , qui vous fuit ,
Et qui derrière vous se glisse,
Que