Band 
Tome second.
JPEG-Download
 

Relations, ssz

abandonnant pour aller assister quelqu’autremisérable, je la priai en partant de se souve-nir qu’elle m’étoit toûjours nécessaire ; & elleme promit son assistance dans le besoin ; &de plus nous remit entre les mains de la Con-fiance , à qui appartient le Village où elle nousquitta. Ce Village n’est proprement qu’uneMaison de Plaisance, mais la plus agréable,à mon avis, de tout le pais. La Confianceest une fille qui a la mine ouverte & franche;on lit jusques dans le fond de son ame, &l’on connoìt tous ses sentimens : Elle est toû-jours d'égale humeur, & il y a pleine libertédans son Château. C’est là que sont les Ren-dez-vous , qui sont de petits boccages détour-nez , dont les avenues sont secrettes, & oùl’on n’est point interrompu: C’est là qu’on ale plaisir de se parler tout un jour fans se lasser;c’est là qu’on se voit à toute heure, & qu’ilsemble qu’on ne se voye pas assez ; l’on y jouîtdes secrets entretiens ; l’on a le plaisir de cher-cher à la dérobée mille moyens différens dese voir, & de sc parler: les Billets doux yfont aussi fort fréquens : enfin j’y passai désertheureux jours, & les plus beaux de ma vie ;car j’étois fans cesse avec Aminte. Elle mefaisoit part de toutes ses pensées, & je luidisois aussi les miennes.

Que je goûtais de doux plaisirs ! /

Ab ! Que mon ame ètoit ravie !

Avec quelle douceur feujse passé la vieSi j’avois dam ces lieux su borner mes désirs !Je voyois Aminte en tous lieux,

Je lui parloïs jans me contraindre ;

Jetois ajjez aimé pour ne pouvoir me plaindre,A quoipenfois-je , bêlas ! de vouloir être mieux ?

L 7 Tout