Relations. 291
tre , c’est assez que vous sachiez que je metournai vers l’Amour Coquet, qui n’eut pointde bon conseil à me donner, & que je sussi confus de mon avanture que je pris la fui-te, & courus jufqu’à un Village que je ren-contrai, & où l’Amour Coquet m’abandon-na, disant que celui-là n’étoit point proprepour lui ; des maisons de ce Village la plu-part font à demi bâties, & les autres de troisou quatre différentes symmétries ; on nom-me ce Village Irrésolution.
L’Irrésolution à qui il appartient, est d’u-ne assez plaisante figure , car elle ne s’habillepoint pour ne résoudre pas quel habit elleveut mettre ; elle se tourmente toujours &ne bouge jamais de fa place, parce qu’elleveut aller en tant de lieux qu’elle ne va nul-le part ; l’on remarque dans ses yeux une agi-tation perpétuelle , & l’on volt bien qu’elleroule quelque dessein dans fa tête, mais elleen a tant qu’elle n’en exécute pas un.
Je me trouvai bien embarrassé dans ce lieu-là, car le souvenir d’iris & de Silvie parta-geoient mon esprit également ; je sa vois bienque ÍÌ j’en pouvois quitter une des deux, jeferois ma paix avec Vautre; mais ce que j’a-vois vû dans le Château des Faveurs ne mele permettoit pas, je commenqois déja à sentirpour l’une & Vautre les mêmes sentimensque j’avois eus pour Aminte, & je rendoisun combat effroyable dans mon ame : & quoi-que je ne voulusse pas les abandonner, je merésolvois à les perdre toutes deux plutôt qu’àchoisir, & de peur d’en quitter une, je n’a-vois ni l’une, ni l’autre. Enfin , j’étois dansune incertitude la plus cruelle du monde ;