Lettres de Plaintes. 463
A MADEMOISELLE deT.**.i>che
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L Es terribles nouvelles que j’apprens, Ma- ll ’^ er *demoiselle! VouS allez épouser mon Ri-val. Vous dites que vous voulez medétromper de l’opinion que j’avois conque devotre tendresse , fur ce que vous aviez parléde moi pendant le sommeil. Ah ! Ne valoit-ilpas mieux me laisser dans mon erreur ? Son-gez bien quelles nuits il faudra que vous don-niez , pour réparer celle que vous m’aviezdonnée ? Hélas ! La faute, & la réparation nefont pas de la même espèce. Parlez la nuitde Monsieur de-... si vous voulez , je merésous à en passer par-là ; mais ne vous en-fermez pas feule avec lui dans une Chambre,cela va au delà des douces reveries qùe vousm’accordiez. Si pourtant ce malheur-là arri-ve , j’espére que j’en serai vangé par vous-même, & qu’en dormant vous parlerez demoi à les oreilles ; mais aussi je crains qu’iln’ait la malice de ne vous laisser guères dor-mir , de peur de vous entendre parler de moi.
Vous voyez, Mademoiselle, qu’il y a bien deFagitation dans mon esprit ; j’ai des espérances,
& des craintes ; mais en vérité la partie n’estpas égale entre elles. Quelquefois je me con-sole dans la pensée que mon Rival ne vous apas tant aimee que moi. 11 a vú que ses foinsn’approchoient pas des miens ; que fa vivaci-té fur tout ce qui vous regarde , étoit moin-dre que la mienne ; qu’enfin tant qu’il ne s’a-giroit que de fentimens, je l’emporterois furlui , & quand il a été poussé à bout par matendresse, il a été implorer le secours de Mon-sieur votre Curé ; or franchement je ne m’at-U 4 tendois