AMERICAINES. 497Quand on leur demandoit comment ilspouvoient dissiper si follement ce qu’ilsacquéroientà un si haut prix, «Aujourd’hui» vivants St demain morts, disoient-ils, que» nous importe d’amasser? Le jour où nous«vivons est notre seul bien, nous ne comp-« tons point fur le lendemain.» Cette façonde penser Sc de vivre explique les prodi-ges de valeur qu’on rapporte de cette so-ciété , la plus singulière qui ait existé. Sanssystème , sans loix , fans subordination,elle étonna son siecle ; mais elle ne pou-vois guere subsister plus qu’elle n’a fait,par impossibilité où elle devoit se trou-ver de remplacer des hommes aussi ex-traordinaires, & parce que l’objet quienstammoit leur courage devoit s’épuilerà la longue.
Trois fois les Espagnols avoient chasséles François de la Tortue, trois fois ceux-ci réussirent à s’en remettre en possession;& ils la gardèrent jufqu’en 1659, que setrouvant solidement établis à Saint-Do-mingue, ils l’évacuerent. Jusqu’à la pré-sente année leur culture ne s’étoit pasélevée à un haut degré de prospérité ; lacolonie ne manquoit ni de chasseurs ni depirates ; mais les cultivateurs, qui consti-tuent le fond d’une colonie, étoient enpetit nombre. On sentit en France la né-cessité de les multiplier, Sc l’on consiaAmcd. Améric. I i