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cédés & de les régler par une loi simple & générale; & dès qu’il faut par-tout des exceptions & des modifications, comment vouloir gouverner,diriger & prescrire tant de détails d’un même centre, & d’un lieu où l’onn’est instruit que par des rapports éloignés, où l’on ne croit qu’à ceuxd’un seul homme, & où l’on a fi peu le temps d’approsondir ! Quelle diffé-rence entre la fatigue impuissante d’une pareille Administration, & le repos& la confiance que peut inspirer une Administration provinciale! I)'ailleurssi la meilleure constitution ne peut jamais garantir les Contribuables dequelques abus d’autorité, & s’il est dans la nature des hommes , d’envifagersouvent comme une injustice l’exécution sévère des loix d’ordre , n’est-il pasheureux que ces plaintes & ces murmures s’adressent à des représentans de laProvince , & que le nom de Votre Majesté , toujours chéri, ne soitprononcé que pour la consolation & pour l’eípérance,?
Enfin, & ceci est une réflexion importante, l’on ne peut se dissimuler quele bien n’ait été souvent retardé par la défiance & la timidité du Ministr e quil’avoit conçu , & il ne faut point s’en étonner. Les meilleures institutionsd’Administrations, ne présentent le plus souvent que des difficultés dans leprincipe, & l’avantage lointain qui en doit résulter, est obscurci par les criti-ques & par les passions des hommes. II est donc très- important que leschangemens les plus utiles soient encore appuyés par l’opinion publique, &c’est précisément l’effet des délibérations d’une assemblée provinciale ; sospropositions arrivent au Ministre des Finances, déjà renforcées d’un suffragequi le rassure sur l’évènement, & il n’a plus, pour ainsi dire, qu’à les consi-dérer abstraitement ; la crainte des obstacles, des débats, des réclamations,ne peut,plus influer fur fa détermination, & il adopte fans peine le bien qu’iln’eùt jamais osé entreprendre. II y a eu, fans doute , sous quelques Ministres,de grands changemens faits en France ; mais si l’on y prend garde, ces chan-gemens toutes les fois qu’ils contrarioient les intérêts particuliers, tenoientpresque toujours à une idée simple, telle que Pautorité, la religion , le désordreabsolu des Finances; & cette idée simple, une fois conçue par le Souverain,il devoit prêter son appui pour vaincre les obstacles. Mais la modificationdes Impôts , leur répartition , tous les biens d’Administration enfin, quelqueimportuns qu’ils soient, ne tiennent presque jamais à une idée simple ; ilssont au contraire le plus souvent composés d’une infinité de rapports qui