Insectes, 143
•circonstance la moins équivoque ; il y a ungrand nombre d’années, c'est-à-dire, dès queje commençai à étudier le formica-leo, je pen-sai qu'il me seroit possible d’observer ce quise passe dans les cornes de celui qui succe unautre insecte. J’en fis jeûner un pendant plu-sieurs jours,dans l’intention d’éprouver si pres-sé par la faim, quoique tenu entre mes doigts,il ne se déterminèrent pas à percer le corpsde la mouche que je lui préfenterois , & àle succer, & si je ne pourrois pas me servird’une loupe très-forte pour découvrir ce quela partie de chaque corne qui resteroit en de-hors du corps de l’iníècte sacrifié à la faim del’autre, offriroit de remarquable dans de pa-reils moments. Le formica-leo répondit 'a monattente : la mouche que je mis entre ses cor-nes fut bien-tôt percee, & bien-tôt je vis parquelle méchanique elle étoit succée , ou plu-tôt , l’agent employé à la succer. Ce cordonque je n’avois point soupçonné être mobile,étoit dans une action continuelle ; alternative-ment. il étoit porté en avant & retiré en arrié-re avec une extrême vitesse.
C’est une observation que j’ai répétée de-puis bien des fois, & plus aisée à faire que jene l’avois cru : la circonstance du long jeûnen’est aucunement nécessaire, il suffit de pren-dre un formica-leo qui ne soit pas trop rassa-sié. Souvent néantmoins celui qu’on tiententre ses doigts ne fe presse pas de serrer lecorps de la mouche qu’on lui offre ; mais onl’y engage par quelques agaceries , en Rap-prochant & en l’éloignant de lui, en la déter-minant à faire des mouvements. Impatient