Synonymes François.' 213
fait toujours une de ses plus sérieuses occupations.Four la galanterie , elle ne veut qu’abréger les for-malisés ; le facile l’emporte souvent chez elle surle difficile ; & elle ne sert quelquefois que d’amu-sement. C’est peut-être par cette raison qu’il setrouve dans l’homme un fonds plus inépuisablepour la galanterie que pour Yamour j car il est rarede voir un premier amour suivi d’un second; & jedoute qu’on ait jamais poussé jusqu’à un troisième;il en coûte trop au cœur pour faire souvent depareilles dépenses; mais les galanteries font quel-quefois fans nombre, & se succèdent jusqu’à ceque l’âge vienne en tarir 1a source.
II y a toujours de la bonne-foi dans Y amours,mais il est gênant & capricieux; on le regarde au-jourd’hui comme une maladie, ou. comme un foi-ble d’e/prit. II entre quelquefois un peu de fripon-nerie dans la galanterie ; mais elle est libre & en-jouée; c’est le goût de notre siècle.
\Jamour grave dans l’imagination l’idée flatteused’un bonheur éternel, dans l’entière & constantepossession de l’objet qu’on aime ; & la galanteriene manque pas d’y peindre l’image agréable d’unplaisir singulier, dans la jouissance de l’objet qu’onpoursuit. Mais ni l’un ni l’autre ne peint alors d’a-près nature ;& l’expérience fait voir que leurs cou-leurs , quoique gracieuses, font également trom-peuses ; avec cette différence, que Y amour étantplus sérieux, on est plus piqué de l’infidélité deson pinceau ; & que le souvenir des peines qu’il adonnées sert, en les voyant si mal récompensées,à nous dégoûter entièrement de lui ; au-lieu quela galanterie étant plus badine, on est moins sen-sible à la tricherie de ses peintures; & la vanité,qu’on a d’être venu à bout de ses projets, consoleqe n’avoir pas trouvé le plaisir qu’on s’étoít figuré.