D’ A B I S S I N I E. r-
éclaircis de tout cela, en chemin faisant ; mais notts le fûmesbien-tôt après, & nous fçûmes que ceux qui s’étoient mêlés àGoa de nous donner des instructions fur nôtre voyage, ne nousavoient débité que des fables ; que les Galles avoient commencéà traiter avec les Portugais, par la crainte qu’ils en avoient ; quedu reste, c’étoit des Barbares qui fe trouvant trop pressés dansleur pais, en croient sortis ôc s’étoient étendus jufqu’à la mer,pillant & ravageant tout, & mangeant les hommes, ce qui lesrendoit redoutables dans tous ces quartiers - là. Nous ne crûmespas,étant ainsi désabusés mon compagnon & moy, qu’il fut de laprudence de nous exposer tous deux ensemble à une mort pres-que certaine, & d’où l'on ne pourroit tirer aucun fruit. Nousrésolûmes que mon compagnon demeureroit avec le ReligieuxAugustin, & que j’irois avec nôtre Abissin & un Portugais recon-noître le pais ; & que si j’étois assés heureux pour découvrir unchemin, j’envoyerois ou l'Abissin ou le Portugais chercher moncompagnon ; ou que je reviendrois moi-même, à moins que jene tombasse entre les mains des Barbares, & qu’ils ne me fissentmourir. Nous portâmes quelques provisions, comme du pain,de la farine pour nous , & un peu de miel pour nos Matelots.Nous mîmes tout cela dans nôtre Almadie , avec une petitecaisse où étoient mes vêtemens Sacerdotaux, & ce qui m’étoitnécessaire pour dire la Messe. Nôtre bagage n’étoit pas fort con-sidérable 5 cependant nôtre embarcation en étoit presque plei-ne. Nous prîmes huit rameurs pour conduire nôtre petite bar-que , qui n’étoit que de quelques planches fort minces & fortlegeres, cousues ensemble avec du gros fil. Je louai cette em-barcation pour aller jufqu’à Jubo, qui n’est qu’à quarante lieuesde Pâté, mon dessein étant de faire mon voyage en partie parterre, en partie par mer.
Cette Côte est peuplée de plusieurs nations disserentes, cha-que nation à son Roy particulier , & j’en comptai jufqu’à dix oudouze en moins de quatre lieues. Le premier que nous rencon-trâmes étoit le Roy des Abagnes 3 très-grand voleur. II étoit toutnuddans un petit bâteau, où il ramoit comme le moindre de fesSujets ; on ne le distinguoit que parce qu’il avoit un chapeau depaille, & que les autres n’avoient rien qui leur couvrit la tête.Mon Portugais ne laissa pas de le traiter d’Altesse, & de lui ren-dre de grands honneurs. II parut que ce Prince en fut moins
C ij