26 RELATION HISTORIQUE
quoique je n’eulse aucune lancette, & que je n'en eusle jamaismanié. Mais ceux qui croient avec moi ayant appris qu’il y avoirdans le lieu un Chirurgien qui palliait pour très-habile , ils l’alle-rent quérir & me l’amenerent. Je vis entrer dans ma chambre unvieillard More, bigle , tenant à la main un maillet & une especede petit poignard tout rouillé, & trois ventouses de corne quiétoient bien hautes chacune d’un demi pied.
Je lui demandai tout épouventé ce qu’il cherchoit, il me ditqu’il venoit pour me saigner & me guérir 5 je lui répondis défairetout ce qu’il voudroit. 11 me découvrit auísi-tôt le côté, prit unpeu de papier Je mâcha long-tems , puis ayant appuyé fortementune de íes ventouses fur le côté, il la boucha avec ce papier mâ-ché , & elle demeura attachée. II appuya les deux autres de lamême maniéré, & tout d’un tems aiguisa son poignard, en merépétant qu’il ne me feroit aucune douleur. Lorsque j’eus gardéces ventouses un peu de tems, il me les ôta, & donna trois coupsde fa dague aux trois endroits où il avoir appliqué les ventouses ;il en sortit trois ruisseaux de sang. II appliqua plusieurs fois sesventouses: à chaque fois qu’il les ôtoit, il enfonçoit fa prétenduelancette dans le même endroit, & il me tira tant de sang, que jecrûs qu’il nem’en restoit pas une goûte; enfin pour fermer lesplayes qu’il m avoir faites, il mit dessus trois boules de suif apla-ties avec force. Je ne íqai fi ce fut la peur que j’eus ou le sang qu’ilme tira, qui chassa ma fièvre ; mais je me trouvai si soulagé, quebien tôt après je ne songeai qu’à m’en retourner.
J’avois trop souffert en venant par terre, & j’étois trop foiblepour pouvoir faire le même chemin, ainsi je me mis dans l’Al-madie. Nous arrivâmes à Ampasa le Dimanche de la Passion.J’eíperois y trouver mon Compagnon, mais il étoit allé à Mon-baça, persuadé qu’il y trouveroit quelqu’un qui lui enseigneroitle chemin que nous cherchions. II fut plutôt désabusé que moi,& il revint au même lieu d’oùnous étions partis l’un & Vautre, &où nous nous retrouvâmes ; de forte que nous étions quatre Prê-tres pour faire l’Office de la Semaine Sainte dans la petite Eglised’Ampasa, avec soixante &dix Chrétiens,ce qui nes’étoitpeut-être jamais vit auparavant, ni ne s’est vû depuis. L’Office se fitde cette maniéré avec beaucoup de solemnité ; ce peuple en pa-rut extraordinairement touché, &il n’y eut pas un Chrétien quine fit une confession générale, & qui ne donnât plusieurs mat-