z8 RELATION HISTORIQUE
penses qu’ils étoient obligés de faire pour cela ; outre qu’il seroifà craindre qu’on ne submergeât une grande partie del’Egypte,dont les terres font plus basses que la mer.
L’Ifle de Suaquem est à cent trente lieues de Rondelo ; lesBachas qui commandent fur cette Côte, aiment mieux demeu-rer dans cette Iíle qu’à Dalec & à Maçua, à cause du grandcommerce qui fe fait du Royaume des Balous avec celui d’A-bissinie , dont ils tirent un profit très - considérable. Elle estpetite & toute ronde, & n’a pas plus de quatre cens brassesde circuit ; les maisons y font proprement bâties, & l'on nedistingue point celle du Bacha d’avec les autres. II n’y a niForteresse ni Artillerie : on a feulement élevé deux petits Fortsdans la Terre-Ferme, qui n en est éloignée que d’une portée demousquet. Le fond est bon tout au tour de cette Isle,mais à quel-que distance, ce ne font qu écueils & que rochers ; & le long de1a Côte est un banc large d une demie lieuë : de lorte qu’il fauttoûjours avoir la fonde à la main, & on ne peut arriver à cetteIsle que par un canal. A droite & à gauche de ce canal est un rocvif, mais d’une pierre si tendre, que pour peu qu’on y touche,elle tombe par morceaux.
Le Royaume de Balou est vis-à-vis de Suaquem. Les peuplesBalous font Mahométans,& bons Soldats. Us ont eu de longues& sanglantes guerres contre les Turcs , & ils les ont obligés departager avec eux les Douanes de 1 Isle de Suaquem. Le Roydes Balous y tient encore aujourd hui des Officiers & des Rece-veurs. Ce Prince est riche, & a beaucoup d’or 6c d’argent, &fait un assés grand commerce, particulièrement de toiles qu’onfabrique dans le pais , & que les Noirs achetent fort cher. CeRoyaume ne manque d’aucune chose nécessaire à la vie ; il m’aparu que les hommes & les chevaux y font plus grands qu’ailleurs.
Tout cela a obligé les Bachas à préférer le séjour de Sua-quem à tout autre. Les Turcs de Suaquem ont neuf ou dix jar-dins en Terre-Ferme, & ces jardins leur fournissent des Li-mons, des Ananas, desCedras, des Canes de Sucre, des Me-lons d’eau d'un goût merveilleux, & toutes fortes d’herbes & deracines ; je ne pense pas que dans toute la Côte, depuis Melira-de juíqu’à Suez , on en trouvât autant que dans ce petit canton;car hors des Tamarins dont il y a une assés grande quantité entreSuez & Suaquem, la terre ne produit aucune chose. De sorte