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Voyage Historique D'Abissinie / Du R. P. Jerome Lobo ... ; ... Traduit du Portugais, continué & augmenté de plusieurs Dissertations, Lettres & Mémoires. Par M. Le Grand ...
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danssesEtats qui osât nous offenser ; mais que sil y en avoir "quelquun , je navois quà le nommer, quil nous portoit fur fa *tête, & quil en coûteroit la vie à quiconque oferoit attenter à œla nôtre. œ

On ne nous attaque pas, repris-je, avec le fer ou avec le poi-son ; mais on veut nous faire mourir de faim, & c est Vôtre AI- «teffe qui le veut, puifquelle défend à ses Sujets de nous vendre «ce qui nous est nécessaire pour vivre. Si elle veut nôtre vie, nous «sommes en son pouvoir, elle peut faire de nous ce quil lui plai- «ra ; que si cest la volonté de V. A. que nous périssions dans ses «Etats , nous la prions de ne nous pas faire languir : Quelle --abrégé du moins nos souffrances - & quelle nous coupe la gorge °°tout d un coup. --

Le Roi parut fort ému de ce discours,& encore plus de factionque je fis , lorsque je mavançai en lui présentant la gorge. II niacuil eût défendu quon nous vendît ce qui nous étoit nécessaire :il me pressa fort de lui dire qui mavoit appris ce détail. Je le re-fusai constamment, & ce Prince me trouvant ferme & inébranla-ble , il me renvoya après mavoir promis que nous ne manque-rions de rien à lavenir. En effet,dès le jour même,nous achetâmestrois Chèvres, qui ne nous coûterent quun écu, on nous venditdu miel , & nous fûmes mieux traités que nous navions été.

II y avoit un More qui avoir pris à tâche de nous chagriner entout ce quil pouvoit : il ne manquoit jamais d aller à la riviere,lorsque nous y allions, & de gâter seau, ou de nous empêcherden prendre. Trois de nos domestiques , las de souffrir de son in-solence , qui alla un jour jusquà combler nos puits en présence duPatriarche , se jetterent fur lui, & layant renversé , lui donnerentplusieurs coups de poing & de pied, & lauroient étranglé, si nousne l avions arraché de leurs mains. II porta fa plainte au Juge dela Cour » qui la reçût, fans pourtant vouloir prononcer quil nenous eût entendus. Je lui expliquai le fait j il nous blâma, & ditque nous aurions nous plaindre, & non pas de nôtre propreautorité maltraiter un sujet du Roy ; que néanmoins commenous étions étrangers , que nous ignorions les Loix du païs, &que de plus nous étions sous la protection du Roy son Maître, ilvouloir bien nous excuser pour cette fois. Le More fut un peuétonné de ce Jugement, & depuis il nosa plus nous empêcherde prendre de leau.

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