D’A B I S S I N I E. 5 z
danssesEtats qui osât nous offenser ; mais que s’il y en avoir "quelqu’un , je n’avois qu’à le nommer, qu’il nous portoit fur fa *tête, & qu’il en coûteroit la vie à quiconque oferoit attenter à œla nôtre. œ
On ne nous attaque pas, repris-je, avec le fer ou avec le poi- “son ; mais on veut nous faire mourir de faim, & c est Vôtre AI- «teffe qui le veut, puifqu’elle défend à ses Sujets de nous vendre «ce qui nous est nécessaire pour vivre. Si elle veut nôtre vie, nous «sommes en son pouvoir, elle peut faire de nous ce qu’il lui plai- «ra ; que si c’est la volonté de V. A. que nous périssions dans ses «Etats , nous la prions de ne nous pas faire languir : Qu’elle --abrégé du moins nos souffrances - & quelle nous coupe la gorge °°tout d un coup. --
Le Roi parut fort ému de ce discours,& encore plus de factionque je fis , lorsque je m’avançai en lui présentant la gorge. II niacu’il eût défendu qu’on nous vendît ce qui nous étoit nécessaire :il me pressa fort de lui dire qui m’avoit appris ce détail. Je le re-fusai constamment, & ce Prince me trouvant ferme & inébranla-ble , il me renvoya après m’avoir promis que nous ne manque-rions de rien à l’avenir. En effet,dès le jour même,nous achetâmestrois Chèvres, qui ne nous coûterent qu’un écu, on nous venditdu miel , & nous fûmes mieux traités que nous n’avions été.
II y avoit un More qui avoir pris à tâche de nous chagriner entout ce qu’il pouvoit : il ne manquoit jamais d aller à la riviere,lorsque nous y allions, & de gâter seau, ou de nous empêcherd’en prendre. Trois de nos domestiques , las de souffrir de son in-solence , qui alla un jour jusqu’à combler nos puits en présence duPatriarche , se jetterent fur lui, & l’ayant renversé , lui donnerentplusieurs coups de poing & de pied, & l’auroient étranglé, si nousne l avions arraché de leurs mains. II porta fa plainte au Juge dela Cour » qui la reçût, fans pourtant vouloir prononcer qu’il nenous eût entendus. Je lui expliquai le fait j il nous blâma, & ditque nous aurions dû nous plaindre, & non pas de nôtre propreautorité maltraiter un sujet du Roy ; que néanmoins commenous étions étrangers , que nous ignorions les Loix du païs, &que de plus nous étions sous la protection du Roy son Maître, ilvouloir bien nous excuser pour cette fois. Le More fut un peuétonné de ce Jugement, & depuis il n’osa plus nous empêcherde prendre de l’eau.
G iij