54 RELATION HISTORIQUE
Toutes ces affaires nous faisoient souhaiter déplus en plus desortir de ce Royaume : nous demandions chaque jour de nous enaller, & le Roy fous divers prétextes nous remettoit toujours aulendemain. Enfin je m’avisai de s’adresser à son Ministre favori,& je lui promis, que s'il nous pouvoir obtenir la liberté de sortirdes Etats du Roy son Maître, je lui ferois un présent considéra-ble. Dès la nuit, ce Ministre nous vint trouver , pour fiçavoir ceque nous lui voudrions donner. Nous convînmes bien-tôt, Sc ceFavori nous rendit de très-bons offices. Non-seulement il nousprocura nôtre Audience de congé , mais il nous fit trouver deschameaux pour porter nos bardes, Sc celles des Ambassadeursde l’Empereur d’Ethiopie, qui avoient ordre de nous accom-pagner.
Lorsque nous primes conge du Roy de Dancali, il nous fit degrandes excuses de tout ce qui s’étoit passé ; il voulut même quel’on donnât son cheval au Patriarche pour venir à l’Audience, Scnous fit encore présent d’une vache & de quelques provisions,en nous priant de vouloir bien dire par tout où nous irions. Sc sur-tout à l’Empereur d’Ethiopie sonpere, qu’il nous avoir très-bientraités. Nous lui promîmes tout ce qu’il voulut ; le tems Sc le lieune nous permettoientpas d’en user autrement. Nous partîmes lelendemain cinquième de Juin, ayant été vingt-sept jours dans leRoyaume de Dancali, à compter depuis le huitième de May quenous avions quitté Baylur.
Quoique nous eussions déja été très-mal, iln’étoit pas encoretems de nous plaindre : nous étions destinés à souffrir bien d’au-tres maux pour Jesus-Christ. Nous marchions par des cheminsimpraticables, où nous ne trouvions que des scrpens qui se ve-noient fourer entre nos jambes. Nous les évitions le jour ; maiscomme nous étions obligés d’aller de nuit à cause des grandeschaleurs, que nous faisions souvent de longues traites, afin d’ar-river à des lieux où nous trouvassions de l’eau , que nous man-quions de force Sc de courage, que nous n avions pour toutenourriture que bien peu de miel Sc unetrès-petite tranche de va-che séchée au Soleil ,il n’y avoir que Dieu qui pût nous garantirde la morsure des serpens fur lesquels nous marchions continuel-lement , Sc nous soutenir dans un voyage fi pénible.
Nous fîmes ainsi plusieurs journées fans nous reposer ,jusqu’àce que nous fûmes arrivez dans un chemin que les eaux avoient