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Voyage Historique D'Abissinie / Du R. P. Jerome Lobo ... ; ... Traduit du Portugais, continué & augmenté de plusieurs Dissertations, Lettres & Mémoires. Par M. Le Grand ...
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DABISSINIE. S7

tendent les Marchands, pour les égorger & les voler. Commenous nentrâmes point dans ces plaines de sel que vers les quatreheures du soir & que la nuit vint bien-tôt après, nous nous égarâ-mes. Nos Chameliers tinrent conseil sur ce quils avoientà faire :nous crûmes les voyant sassembler & conférer entreux, quilstramoient quelque conspiration contre nous. Paul Nogueira nousconfirma encore dans ce soupçon, en nous assurant quílavoit en-tendu quelques paroles qui lui faisoient croire que ces gens nn-chinoient quelque trahison. Cela nous obligea à prendre nos ar-mes & à nousrassembler afin de nêtrepas surpris.LesChameliersconnurent à nôtre contenance que nous nous défiions d eux, &que nous pourrions bien les prévenir. Sur cela ils Rapprochèrentde nous, & nous dirent quils venoient de consulter quelle routeils dévoient prendre. 11 est très-constant que lon ne peut gueresvoyager dans ce païs- que par estime, ou, pour mieux dire, auhazard ; parce que lon ne se réglé que sur certaines hauteurs desel, qui servent de marques , mais que nous ne pouvions voir àcause de lobscuritéde la nuit. Nous fîmes seulement trois altes,pour faire manger nos chameaux & nous reposer. La journée futtrès-grande, si lon peut parler ainsi , lorsque lon ne marche quela nuit i mais nos chameaux alloient dun très-grand pas & chacunsefforçoit de les suivre , de sorte que le matin nous avions passéces campagnes de sel. Le chemin. nous nous trouvâmes nétoitgueres meilleur : ce nétoit quej roches noires & si pointuesquelles perçoient les souliers en un moment, & il ny avoit pasmoyen daller piedsnuds. Pour surcroit de peines,on nous aver-tit que cétoit que se tenoient ordinairement les Galles ; &dans le même moment nous vîmes paroître une troupe de gensqui venoient à nous avec la dague & la zagaie : nous nous mîmesde nôtre côté en état de nous défendre. Nous nous fîmes de part& dautre plus de peur que de mal ; car lorsque nous fûmes plusproche,nous connûmes que cétoient des Marchands qui venoientchercher dusel,&qui nous avoient pris aussi pour des Galles.Nosinquiétudes étoient dautant plus grandes dans toutes ces occa-sions que nous nous défiions extrêmement de nos Chameliers, &principalement du Capitaine More qui venoit avec nous. Dansces agitations, quelques-uns de nôtre troupe avoient pris la ré-solution, en cas que nous fusstons attaquez, de commencer patfaire main basse fur ce Capitaine & fur les Chameliers.

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