;8 RELATION HISTORIQUE
II étoit près de neuf heures du matin , lorsque nous sortîmes dece mauvais chemin, auboutduquelnous en trouvâmes un autrequi fourchoit,quoique les deux routes allassent aboutir à un puit,Tunique qui fût sur nôtre route. Un More de nôtre compagnie fitprendre le chemin qui étoit le moins battu, nous assurant qu’ilétoit le meilleur ôc le plus court ; & véritablement c’est le che-min ordinaire des gens de pied : mais il y avoit encore un autresentier qui abregeoit beaucoup, ôc il s’en alla lui quatrième par là,fans prendre garde si nous le suivions. Nous le perdîmes à ce dé-tour , & nous marchâmes encore long-tems fans sçavoir où nousétions. Enfin après avoir traversé bien des bois & des rochers,nous nous trouvâmes près des campagnes de sel. On ne peut direTinquiétude & l’affliction où nous fûmes. II étoit près de midy ;nous marchions depuis quatre heures du soir , nous n avionsni bû ni mangé , ni dormi j la chaleur étoit excessive, & deux desdomestiques du Patriarche étoient prêts à mourir de soif. Iln’yavoit avec nous qu un More qui eût encore de seau ; cet hommepeu charitable ne nous la vouloit donner qu’au poids de for. L’ex-trêmité où nous étions ne nous permettoit pas de nous venger,& nous croyions tous être à nôtre derniere heure. Une partie fetenoit auprès de ces pauvres moribons &tâchoitde les rafraîchiravec un peu d’eau que nous avions obtenue de ce More, aprèsbien des prières. Une autre partie alloit chercher des routes &voir si nous ne trouverions personne dans ces déserts qui nouspût remettre dans nôtre chemin. Enfin ceux qui étoient arrivezles premiers auxpuits jugèrent bien que nous nous serions égarés.Ils envoïerent leur guide nous chercher : il vint faisant beaucoupde bruit au bord d’unbois. Nôtre frayeur s’augmenta, & nouscrûmes que ce pouvoir être quelque espion, & que les Gallesn’étoient pas loin : nous n’osions répondre , nous craignions mê-me d’être apperçûs. A la fin cet homme nous trouva, & nous fitbeaucoup designes, à quoi nous ne pouvions encore nous fier,parce que nous ne le connoissions pas : nous prîmes néanmoinsle parti d’envoyer deux hommes devant, dont Tun devoir le join-dre , sc Tautre qui avoit un mousqueton, se tenoit un peu plus àTécart. Nous commençâmes à les suivre de loin,& après avoir en-core marché quelque-tems, nous arrivâmes au puit, où nos Com-pagnons nous attendoient. Nous oubliâmes bien-tót nos mauxpassés, & nous ne songeâmes qu’à soulager les domestiques dn