7© RELATION HISTORIQUE
présent. Comme cet animal passe vîte d’un bois à un autre, onn’apas eu le tems deTexaminer; onl’a néanmoins assés bien con-sidéré pour pouvoir le décrire. II est de la taille d’un beau che-val bien fait & bien proportionné, d’un poil bay, avec la queue &les extrémités noires. Les licornes de Tuaçua ont la queue fortcourte ; celles de Ninina, qui est un canton de cette Province,l’ontau contraire très-longue,& leurs crins tombent jusqu’à terre.La licorne est si peureuse qu’elle ne va jamais qu’en compagniede plusieurs animaux capables de la dessendre. Les cerfs, les che-vreuils,les gazelles se rangent autour de l’Elephant,qui se conten-tant de feuilles & de racines, dessend tous ces timides animauxcontre les bêtes feroces & carnacieres,qui les voudroient devorer.
Les chevaux d’Abissinie font excellons; les mules, les jumens,les boeufs, les vaches y font fans nombre. Les richesses du païsconsistentprincipalement en vaches. Je rapporterai fur cela unecoutume assés particulière qu’ont les Abissins.
Chaque particulier qui a mille vaches est obligé un jour del’année de ramasser tout le lait de ses vaches & d’en donner unbain à tous ses parens, & de les bien régaler. S’il a deux millevaches, il donne deux bains, & deux repas ; il en donne trois,s’il a trois mille vaches : ainsi on doit un bain & un repas parmille vaches, de forte que pour dire qu’un homme est fort riche& qu’il a tant de mille vaches , on dit qu’il s’est baigné tant defois, Ils ne les nourrissent que pour avoir du lait & des veaux.
Tous les trois ans, le Roy prend son droit,qui est une vache dedix , & afin de la connoître on lui applique fur la hanche la mar-que du Roy avec un fer chaud : on appelle cette marque Tucus ,qui veut dire brûlure. Ce tribut n’est pas un des moindres re-venus de TEmpereur. II y a plusieurs efpeces de bœufs ; les unsne fervent qu’au labour & à porter des charges, comme pour-roient faire des mules, & ceux-là n’ont point de cornes, ou s’ilsen ont, elles font si molles ôc si flexibles , qu elles leur pen-dent , comme des bras rompus. Les autres qu’il s nourrissent feu-lement pour les tuer & les manger, font aussi gros que deux desnôtres; ils les engraissent avec du lait. Les cornes de ces bœufsfont si grandes,qu elles tiennent plus de vingt pintes: les Abissinss’en fervent au lieu de cruches & de bouteilles ; & quatre de cescornes pleines d’eau ou de vin, font la charge entiere d’un bœuf.Çes bœufs si gras &. si grands, à qui il faut donner chaque jour