7 i RELATION HISTORIQUE
dieusement. L’Abiísin découvre le miel, le prend, & ne manquejamais d’en laisser une partie à cet oiseau. La grande quantité demiel qu’on recueille dans ce païs-là , le grand nombre de vachesqu'o n y nourrit, m’a fait dire plus d’une fois que l’Abissmie étoitune terre de miel & de beure.
Les grandsSeigneurs & l’Empereur mêmene font pas beaucoupde dépense pour leur table : ils n’ont que de la vaisselle de terrenoire; plus elle est vieille & luisante plus ils l’estiment. Ils a prê-tent leur viande de maniéré que nous autres Européens avonsbeaucoup de peine à nous accoutumer-, à leurs ragoûts. Toutce qu’ils mangent estd’un haut goût extraordinaire, & nage dansle beure. Ils cuisent tous les jours leur pain; il est plat comme desgalettes, & couvre toute une table. 11s n’ont ni napes, ni assiet-tes : leurs tables font rondes & si grandes, que quinze personnespeuvent s’y placer tout autour, & fort à Faife. Ils ne manquentpas de se laver les mains avant que de se mettre à table. Les per-sonnes de qualité ne touchent jamais à ce qu’ils mangent ; ils ontdes Pages qui coupent leurs viandes, & qui la leur presentent àla bouche. II est de la civilité & de la grandeur de manger de grosmorceaux, & de faire beaucoup de bruit en mâchant, n’y ayantque des gueux > disent-ils, qui ne mangent que d’un côté , & quedes voleurs qui mangent fans faire de bruit. Leur plus grand régalest une piece de boeuf crue Sc toute chaude. Lorsqu’ils donnent àmanger, ils tuent un bœuf, & en servent auífi tôt un quartier furla table avec beaucoup de poivre & de sel ; Scie fiel de ce bœufleur sert d’huile & de vinaigre. Quelques - uns y ajoûtent unemoutarde qu’ils appellent Manta ; elle est faite de ce qu’ils tirentdes tripes du bœuf, qu’ils mettent fur le feu avec du beure , dusel, du poivre Sc de l’oignon. Us trouvent leur bœuf cru, & ainsiassaisonné, aussi délicat, & le mangent avec le même plaisir quenous pourrions faire les meilleures perdrix. On m’a souvent servide cette moutarde, & je n’avois pas d’autre moyen de me dispen-ser d’y goûter, que de dire que c'étoit un mets trop délicat pourun pauvre Missionnaire.
La boisson ordinaire des Abissins est labiere & Fhydromel ; ilsen boivent à F excès, lorsqu’ils se visitent les uns les autres ; & unAbissin ne passe pas pour honnête homme, s’il n’enivre pas ceuxqui le vont voir. Ils s’asseient à terre autour de leur cabane ; unyalet apporte auísi-tôt un broc de biere, en verse dans un pot, boit
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