8o RELATION HISTORIQUE
Ce lieu autrefois fi peu connu est à cinq lieues de la mer -, Sccomme il est devenu fameux par l’exil, par les souffrances, par lamort & par la sépulture du Pere André Oviedo & de ses Compa-gnons , nous savons choisi pour nôtre principale résidence, danssesperance qu’après avoir été le berceau de la Religion Catholi-que en Ethiopie, il seroitun jour une Métropole considérable.
NosP eres,malgré toutes les persécutions qu’ils souffroient dela part de sEmpereur & de celle des Hérétiques, avoient ramassélà trois cens Catholiques Portugais & Abissins qui vivoient lousleur conduite. Us avoient bâti une petite maison de pierre, oùétoient seulement trois Jésuites. Quelques pieux couverts depaille, Sc enduits de terre , formoient une Eglise capable de con-tenir ce qu’il y avoir de Catholiques établis aux environs.
Nous arrivâmes le 21 . Juin à Fremone, comme je l’ai dit, Scnous fûmes obligés d’y demeurer jusqu’au mois de Novembre.Nous fîmes cependant quelques Missions aux environs,parce quePhy ver en ce Païs-Ià commence au mois de Mai, & dure particu-lièrement depuis la mi-Juin jusqu'à la mi-Septembre. 11 est impos-sible de sortir pendant ce tems-íà, à cause des pluyes continuellesqui font déborder les rivières ; & comme il n’y a ni pont ni bat-teaux,il est très-difïîcile de les passer,si elles ne font pas guaiables,à moins que l’on nessqache bien nager ; quelques-uns néanmoinsles passent par le moyen d une corde qui traverse la riviere, Scqu’on attache des deux côtés. Quelquefois aussi on se sert de deuxoutres qu’on joint ensemble, & sur lesquels on se met, & on lesconduit comme l’on peut, ce qui est très-dangereux ; bien des gensont été noyés en voulant passer ainsi ces rivières. Les rivières Sclqs torrensíònt encore bien moins à craindre en hyver.que la ma-lignité de l’air ; car comme la terre a été brûlée & desseichée pen-dant neuf mois, qu’il n’a pas tombé une goûte d’eau, dès qu’ilcommence à pleuvoir , elle pousse plusieurs méchantes vapeurs,qui causent de très-grandes maladies,& dont ceux-mêmes qui de-meurent dans leurs maisons ont bien de la peine à se garantir.L’hyver, comme je l’ai dit, commence vers le mois de Mai ; maisiln’estdans fa force que depuis la fin de Juin jusqu’au commen-cement de Septembre. II pleut tous les jours, un peu plus ou unpeu moins. Le soleil luit tout le matin, & le tems est assez beau ;mais un peu après midi, il commence à changer , le Ciel s’cpais-ílt, Sc toutes les vapeurs de la nuit & du matin se rassemblent,
puis.